Les laïcs dans l’Église
Je vais vous inviter à jeter un triple regard sur l’Église:
1) sur son présent d’abord, pour diagnostiquer, au principe de sa crise actuelle, un manque de communication avec le monde laïcisé issu de la modernité, manque imputable à la privation de parole responsable dont souffre son laïcat;
2) puis sur ses origines, pour découvrir une possibilité de sortir de cette crise. Cette possibilité réside dans le caractère sacerdotal du peuple chrétien, qui permet d’associer le laïcat au ministère consacré de la tradition apostolique
3) enfin sur l’avenir de la mission évangélique, que l’Église serait impuissante à remplir sans appeler le laïcat à en assumer la responsabilité, sous la conduite de sa hiérarchie et sous des formes à inventer de concert dès maintenant.
1. Diagnostic du présent
II y a plusieurs dizaines d’années que les sociologues analysent en termes de déclin, d’éclipse, de dépérissement, de retrait, de disparition, et autres termes non moins alarmants, la situation de la religion en général (il s’agit le plus souvent du christianisme) et celle de l’Église en particulier (ce sera souvent la seule confession catholique ou son magistère que je désignerai sous ce nom). L’Église n’admet pas volontiers ce diagnostic. Il n’y a pas longtemps que l’Osservatore Romano, rappelant qu’elle est universelle, vantait à coups de statistiques triomphalistes l’exceptionnelle bonne santé de l’Église. Il fallait bien concéder toutefois qu’il n’en allait pas de même en Europe, mais les explications ne manquaient pas, qui situaient les causes du péril au dehors de l’Église: le matérialisme, le goût du plaisir et du profit, la sécularisation de la société, le laïcisme
des pouvoirs publics. La reconquête du terrain perdu était déjà en cours, assurait-on: c’était la nouvelle évangélisation. On devait malheureusement avouer qu’on allait manquer d’ouvriers apostoliques: soit par défaut d’esprit de sacrifice, ou parce que les responsables n’osaient pas solliciter la générosité des jeunes, on ne réussissait pas à enrayer la baisse du recrutement du clergé. Ainsi avait-on cerné le mal mortel dont
souffrait l’Église des pays occidentaux: le manque de prêtres; il n’y avait pas de remède à chercher sur d’autres terrains.
Cette analyse institutionnelle ne va pas à la racine du mal, au fait que l’Église se vide de ses fidèles de façon continue depuis plusieurs siècles, et plus particulièrement de ses jeunes fidèles depuis un demi-siècle: la transmission des croyances, des pratiques et des liens d’appartenance ne se fait plus. Que le manque de prêtres obère gravement le fonctionnement de l’institution ecclésiale, c’est un fait indiscutable et douloureux.
Mais la fuite massive des fidèles est un phénomène autrement plus inquiétant, puisqu’elle menace l’Église d’extinction, et comment ne pas en chercher la cause au-dedans de l’institution qui n’a pas su retenir chez elle ceux qui l’ont quittée?
Un historien reconnu démontrait récemment, analyses textuelles à l’appui, que la pensée des Lumières était l’héritage sécularisé de la spiritualité chrétienne du 17e siècle. Ce qu’on appelle la Modernité, - la naissance du sujet qui s’affranchit de l’autorité et de la tradition, l’apparition d’une rationalité basée sur le doute méthodique et l’observation scientifique, l’analyse critique des textes bibliques, la revendication de la liberté de
penser, de philosopher et de croire, l’aspiration aux droits individuels et politiques -, tout ce vaste mouvement d’émancipation, qui commence avant même le 17e siècle, a pris naissance au sein d’une société majoritairement chrétienne, au sein même d’institutions ecclésiastiques, et n’était pas dirigé contre la foi ni l’Église. Mais les autorités de l’Église n’ont pas compris la légitimité de ces aspirations, elles se sont senties mises en cause et s’y sont opposées, et les chrétiens sont allés chercher au-dehors les libertés qui leur étaient refusées au-dedans. L’hostilité entre l’Église et la modernité s’est aggravée à mesure que la raison, rejetée et laissée à elle-même, s’émancipait des croyances et virait au rationalisme, et que la hiérarchie ecclésiale s’alarmait des aspirations démocratiques même tournées contre les autorités politiques. Ainsi s’est consommée la rupture avec le monde moderne.
On sait que Vatican II a voulu renouer les relations avec ce monde et a reconnu la légitimité de beaucoup d’idées “modernes” que la Papauté du 19e siècle n’avait cessé de condamner, en particulier les droits de l’homme et la liberté de conscience et de religion. Quarante ans après, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée, ni sur le plan des relations entre monde et Église, ni sur celui des relations entre laïcat et hiérarchie catholique; qu’il s’agisse des unes ou des autres, le diagnostic est le même: la communication ne passe pas. En plus de trois sièdes d’affrontement à la modernité, l’Église n’a toujours pas appris à dialoguer, elle ne sait qu’enseigner au titre de son autorité divine des vérités censées immuables. S’il ne s’agissait que des vérités de foi tirées de sa révélation et concernant le salut éternel, on ne lui en ferait pas le reproche. Mais elle prétend régenter aussi le vaste domaine des vérités d’ordre éthique accessibles à la raison naturelle, qui s’étend à la vie de l’homme en société et à ses liens à l’univers. Or, pour l’homme de la modernité, tout ce qui relève de la raison commune, de la condition humaine universelle, du bien commun, tout cela relève du débat public, du dialogue philosophique, tout cela est soumis à des procédures démocratiques de discussion, rien ne peut être tranché par simple rappel à l’ordre de traditions immuables, de principes métaphysiques absolus, ni d’une autorité divine. L’Église est statutairement incapable d’entrer dans ce débat, et donc de ramener à elle ses anciens fidèles égarés dans ce monde sécularisé. Elle est non moins incapable d’empêcher de la quitter des fidèles qui vivent, sentent et pensent en connivence avec la rationalité et la socialité de leur temps.
Voici donc l’Église menacée de ne plus pouvoir remplir la mission qui est sa seule raison d’être: annoncer l’Evangile au monde. Cette mission est surtout assurément d’annoncer Jésus Christ, mais c’est aussi et au
préalable de répandre sa pensée, l’esprit évangélique, qui conditionne l’accès à sa personne par la foi, et qui est nécessaire à la vie du monde, car ses paroles sont esprit et vie. Or, si elles ne peuvent pas être répandues par voie d’autorité mais seulement de débat, la mission évangélique dans une société laïque devrait largement incomber au laïcat chrétien. Or, il n’est de parole autorisée dans l’Église que celle qui émane de ses chefs et ministres consacrés. Les laïcs ne peuvent que témoigner à titre individuel, non porter au monde une parole d’Église; même leur témoignage souffre d’un défaut de crédibilité: comment persuader au-dehors que l’Evangile est école de vraie liberté, alors que leur qualité de personnes majeures et responsables n’est pas reconnue au-dedans?
Privée de la parole missionnaire de ses fidèles laïcs, l’Église ne peut plus guère espérer que survivre dans nos régions en tant que minorité religieuse. Cet espoir lui sera-t-il longtemps permis? Non, hélas !, puisque le ministère de la vie spirituelle et sacramentelle appartient exdusivement au clergé. Voici maintenant les fidèles menacés de ne plus pouvoir mener leur vie de chrétiens à cause de leur impuissance à susciter des vocations sacerdotales. Et voici l’Église menacée effectivement d’extinction, de son propre aveu et consentement. Face à une telle éventualité, le chrétien est amené à se demander : est-il possible que Jésus ait lié la dispensation de sa parole et de sa vie au ministère des prêtres, et mis ses simples fidèles sous leur dépendance, au point de condamner la mission évangélique à s’arrêter et l’Église à disparaître, faute de prêtres? La question est si grave et si urgente que le théologien ne peut se dispenser d’interroger directement l’Evangile, à ses risques et périls, par-delà même la tradition historique dont se réclame le Magistère.
2. Les ressources de l’origine
La remontée aux origines de l’Église, aux temps apostoliques, nous fournira les moyens de faire face aux difficultés d’aujourd’hui ; on n’y trouvera pas des solutions toutes faites, mais la possibilité de poser les problèmes autrement et de chercher des réponses nouvelles à des situations nouvelles.
Tout d’abord, on ne voit jamais Jésus soucieux d’instituer un sacerdoce nouveau qui remplacerait celui du Temple. Plus radicalement, il annonce la venue imminente du Royaume de Dieu, il ne se préoccupe pas de poser les fondations solides d’une institution religieuse destinée à croître et à durer dans le temps. Dans les communautés apostoliques, on ne voit pas de ministères sacramentels réservés à des clercs consacrés ; Paul donne la première description d’une assemblée eucharistique sans faire référence à des prêtres consécrateurs.
Il est rapporté dans les Actes que les apôtres établissaient des dirigeants dans les Églises qu’ils fondaient ou visitaient, mais on ne les voit pas agir eux-mêmes en chefs de communauté ; une imposition de la main aux presbytres apparaît tardivement, elle est d’origine rabbinique et de portée imprécise; mais il est admis que le vocabulaire sacerdotal usité par le Nouveau Testament se rapporte exclusivement au culte judaïque, et le seul écrit qui parle du sacerdoce du Christ, l’Épître aux Hébreux, n’envisage nulle part sa transmission dans l’Église.
Il y a pourtant une exception notable à cette réserve linguistique: plusieurs écrits du Nouveau Testament parlent de l’ensemble des fidèles en termes de ‘‘peuple sacerdotal” ou de ‘‘royaume de prêtres”, reprenant d’ailleurs l’expression à des textes de l’Ancien Testament qui décrivent l’accomplissement des promesses divines dans les temps messianiques en suite de l’effusion de l’Esprit Saint. Si rares que soient ces mentions, leur signification est claire: seul le prêtre avait le droit, en vertu de sa consécration, de s’approcher de Dieu dans le Temple et de lui offrir sa prière et celle du peuple ; les chrétiens, semblablement et à un titre supérieur, ayant reçu l’onction de l’Esprit du Christ, n’ont pas besoin de recourir à des intermédiaires, mais jouissent d’un accès direct auprès de Dieu. On voit à quel point ces mentions isolées du sacerdoce des fidèles consonnent avec de nombreux textes des apôtres, de Paul en particulier, qui parlent des chrétiens en termes de Temples du Saint Esprit, pierres vivantes de la demeure de Dieu, qui offrent à Dieu des actions de grâce et s’offrent eux-mêmes à lui en sacrifices qui lui plaisent.
On se trouve donc là sur un terrain solide, un terrain de fondation, qui atteste la conscience des premiers chrétiens d’avoir reçu du Christ la pleine capacité de subvenir par eux-mêmes aux besoins de leur vie spirituelle. On en trouve une abondante preuve et illustration dans les descriptions de la vie des communautés fournies par les écrits des apôtres, de Paul en particulier : partout surgissent des ministères, surtout de la parole, attribués aux ‘‘charismes” de l’Esprit Saint et reconnus par les communautés ; le besoin se fait sentir ici et là d’y mettre de l’ordre, mais Paul s’adresse pour cela au ‘‘discernement” des fidèles, sans faire appel à une autorité instituée, notamment à propos des réunions eucharistiques des Corinthiens. L’effusion universelle de l’Esprit est source de ministères qui jaillissent de la communauté elle-même, mis à sa disposition et contrôlés par elle pour subvenir à ses divers besoins sacramentels (baptême, eucharistie, réconciliation, onction des
malades) et spirituels (catéchèse, explication des Ecritures, exhortation, jugement, envoi en mission). Cette “ressource” originelle est en principe inaliénable et Inépuisable. Elle est l’accomplissement de la promesse de Jésus à ses disciples, avant son départ, de leur envoyer ‘‘un autre Paraclet’’ qui leur fournirait toute l’assistance dont il s’acquittait lui-même auprès d’eux jusque-là.
On se gardera bien d’oublier pour autant l’autorité conférée par Jésus personnellement à ses apôtres pour l’annoncer au monde, rassembler, enseigner, diriger ceux qui croiraient en lui jusqu’au moment de sa venue en gloire. Au tout début de l’Église, le terme d’‘‘apôtre” revêt une acception assez large, il s’étend à tous ceux qui avaient suivi Jésus de plus prés dans des groupes de disciples, qui avaient bénéficié de ses apparitions après sa résurrection et lui rendaient publiquement témoignage de lieu en lieu, et aussi à ceux que les communautés envoyaient porter la parole en d’autres lieux. Assez vite cependant, une autorité particulière fut reconnue aux ‘‘Douze” apôtres choisis spécialement par Jésus, et étendue aux chefs des Églises établis par eux pour leur succéder.
Vers la fin du 2e siècle, la coutume s’établit de confier le gouvernement des Églises, jusque-là assumé par un collège de “presbytres” ou “anciens”, à un seul évêque, et c’est alors qu’apparaît pour la première fois une ordination sacerdotale, qui habilite l’évêque, et lui seul, à accomplir les principaux actes sacramentels, tandis que les presbytres, eux aussi ordonnés, l’assistent dans le gouvernement du peuple, le suppléent occasionnellement pour le service du culte, mais ne deviendront prêtres à titre plénier et personnel que deux sièdes plus tard environ, quand ils seront mis à leur tour à la tête d’Églises paroissiales. La distinction clercs-laïcs est donc instituée par des rites d’ordination au début du 3e siècle, ce qui met fin aux ministères des laïcs et leur retire le droit à prendre la parole dans l’Église.
On n’aura pas de difficulté à reconnaître à ces ministres consacrés une autorité sacerdotale propre et particulière, sans que cela oblige à ressourcer leur sacerdoce à un acte institutionnel particulier. Comment le pourrait-on, alors que Jésus ne parle jamais de sacerdoce et que le premier rituel d’ordination, celui d’Hippolyte, remonte à l’origine du culte juif pour expliquer que le nouveau temple de Dieu, l’Église, avait besoin d’un ministère nouveau afin que le culte dû à Dieu ne tombât pas en déshérence? Il est logique de rattacher le ministère consacré au seul lieu du Nouveau Testament qui s’approprie le vocabulaire sacerdotal, et c’est en parlant du peuple des fidèles du Christ ; cela n’empêchera pas de penser que les ministres consacrés exercent le sacerdoce à titre personnel et d’une façon spécifique, en vertu de l’autorité confiée par le Christ, ainsi que le rappelle Vatican II, et de reconnaître ainsi la légitimité de la tradition saœrdotale de l’Église.
Mais cette tradition perdrait toute légitimité, si elle en venait, dans la situation de détresse qui est la nôtre, à empêcher les fidèles de s’alimenter aux sources de la vie spirituelle et sacramentelle, sous prétexte que le sacerdoce commun du peuple chrétien, vide de tout “pouvoir”, se réduirait au besoin de recourir au ministère des prêtres, ce qui serait une contradiction dans les termes. Oserait-on dire que le Saint Esprit, source de toute sanctification, se tient inactif dans l’Église, livré à la seule disposition des prêtres? Jésus n’emploie le mot ‘pouvoir” que pour le réduire à l’humilité du service, c’est-à-dire l’empêcher de s’ériger en monopole et en contrainte. Quand donc on s’aperçoit que la poursuite du monopole clérical, qui n’est pas en tant que tel d’institution divine, conduirait l’Église à la ruine, il est urgent de se retourner vers l’origine évangélique, qui fut l’effacement de l’ancien dans du nouveau, pour y redécouvrir et réactiver la puissance de renouveau dont l’Église a besoin.
3. Un futur à réinventer
L’Église du Christ est née de l’arrachement d’un petit reste d’Israël à son passé par la mort de son fondateur et de sa projection dans le monde païen par l’effusion de l’Esprit pour y inventer une existence toute nouvelle et itinérante : ‘‘Allez par le monde entier...’’ Aujourd’hui, rejetée par le monde qu’elle avait baptisé, la voici contrainte de tirer de son envoi au monde une nouvelle manière d’être-au-monde pour y remplir sa mission.
Partons de ce principe : il ne s’agit pas que l’Église change de structures pour mieux s’adapter à un monde nouveau, il s’agit qu’elle prenne les moyens d’accomplir sa mission, qui est, je le répète, sa seule raison d’être.
Elle peut survivre telle quelle un certain temps, peut-être encore longtemps, sous la forme d’une minorité religieuse ; mais sa mission est de se tenir en lien de communication avec le monde, ce qu’elle est incapable de faire présentement, faute de parler le même langage que lui ; elle s’emploie, au contraire, à en retirer les fidèles et à les regrouper dans des enceintes sacrées autour des prêtres, tant qu’il en restera. L’avenir de l’Église, bien au contraire, c’est de laisser ses fidèles aller au monde, y implanter des communautés de disciples ouvertes à la vie des autres, y témoigner de la liberté qu’ils tiennent du Christ et de la vitalité de l’Evangile, en assumant pleinement la responsabilité de leur existence chrétienne engagée dans la vie du monde.
Comment se fera le changement institutionnel de l’Église ? Je ne chercherai pas à l’imaginer ; peut-être se fera-t-il par le haut, par des mesures d’autorité, ou au prix de bouleversements tumultueux, peut-être continuera-t-il à se faire silencieusement par en bas, ainsi qu’on voit tant de chrétiens quitter les lieux officiels de chrétienté et se regrouper ailleurs pour vivre en chrétiens autrement. Sans prétendre traœr un organigramme du changement, il est possible d’évoquer les traits constitutifs d’une communauté de disciples selon l’Évangile : méditer ensemble la Parole de Dieu, l’interroger pour en recevoir les réponses aux questions du monde, s’ouvrir à toutes les personnes en quête de sens à la façon dont Jésus fréquentait les pécheurs, se mettre en peine de soulager les souffrances de la société à la manière dont Jésus allait au-devant des malades, accueillir la présence du Seigneur qui a promis de venir au milieu des siens, ‘‘annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne” et se nourrir du Pain de vie, célébrer les mystères de l’identité chrétienne, recevoir et initier de nouveaux disciples, se donner les ministres et présidents dont les chrétiens ont besoin pour se constituer en corps du Christ dans la fidélité à la tradition chrétienne.
Car le changement de style de vie commune ne se fera pas en rupture avec la tradition de l’Église, par la médiation de laquelle, seule, les chrétiens sont en droit de se dire et en pouvoir de se tenir dans ‘‘la suite” du Christ. Il ne saurait être question de supprimer le ministère consacré, pas plus que d’instituer dans les communautés un nouveau clergé rival du clergé officiel. Les membres de ces communautés célébreront les mystères de leur appartenance au Christ en vertu du sacerdoce commun du peuple chrétien, quelles que soient les attributions de leurs ministres ou présidents et les procédures de leur mise en place. Mais le ministère consacré de la tradition apostolique gardera toujours sa nécessité et sa spécificité, qui tiennent à l’historicité et à la spatialité de l’Église ; sa fonction est, d’une part, de jalonner la route par laquelle toute grâce et vérité découle de la personne et de l’événement de Jésus sous la garantie de ses envoyés et, d’autre part, de tenir en lumière et en activité les signifiants et les articulations de l’unité et de l’universalité du corps du Christ. C’est pourquoi les communautés auront à coeur de vivre en communion avec leurs évêques, et ceux-ci de respecter et d’encourager, plutôt que d’entraver, la libre créativité des chrétiens.
Plus les fidèles laïcs se prendront eux-mêmes en charge, plus le ministère consacré retrouvera son caractère originel, apostolique et épiscopal, c’est-à-dire itinérant et global : visiter les communautés, leur rendre les services qu’elles réclameront, connecter leurs activités évangéliques, sociales ou caritatives, les rassembler dans des célébrations d’unité, subvenir aux besoins religieux des chrétiens dispersés ou des masses déchristianisées, promouvoir l’évangélisation sur un plan régional ou national. Ainsi, grâce, d’un côté, à la responsabilisation des laïcs dans des communautés devenues autonomes et, d’un autre côté, à l’allègement des charges du ministère consacré et à l’élargissement de ses perspectives, l’Église sera capable d’assumer plus efficacement sa mission évangélique.
La prise de responsabilité des laïcs ne doit pas être vue comme une prise du pouvoir, arraché aux mains de ses détenteurs actuels. Mais elle ne se fera pas non plus sans une association des premiers au pouvoir exercé par les seconds. La hiérarchie a peur que ne s’introduise un peu de démocratie dans l’Église, œ qui semble représenter pour elle le mal suprême ; aussi prétend-elle ne pas disposer à son gré du pouvoir que le Christ lui a confié et qui appartient à lui seul. Mais où voit-on dans le Nouveau Testament que l’Église aurait été fondée sous le régime de la monarchie ? La seule loi donnée par Jésus à ses apôtres est l’interdiction de commander à la façon des puissants de ce monde, c’est-à-dire par mode de domination.
Le pouvoir ne doit pas s’exercer sans partage, afin que l’obéissance soit rendue à Dieu même et ne s’arrête pas à la personne des chefs, afin également que l’autorité n’empêche pas la libre créativité inspirée par l’Esprit Saint aux membres du corps du Christ pour la croissance de ce corps. Le pouvoir ecclésiastique est donc limité par l’obligation de respecter ce que Paul appelle ‘‘la concitoyenneté des saints” : il est permis d’entendre par là les droits des fidèles laïcs à participer à la gestion de leur être-au-Christ, de leur vivre-ensemble en Église, de leur vivre-en-chrétiens dans le monde, et aussi à la gestion du bien commun de la société séculière, qui ne relève pas de l’autorité de l’Église. Tous ces droits méritent d’être considérés comme inhérents à l’égale appartenance de tous les chrétiens au Christ.
L’apparition du sujet moderne, avons-nous dit, est liée à la revendication de la liberté de conscience, du droit de chaque individu à suivre le jugement de sa conscience et à agir en personne responsable de ses choix et de ses actes. L’Église a été désertée par tant de fidèles et a perdu sa crédibilité au regard du monde moderne, parce qu’elle n’a pas su concilier le respect de cette liberté avec l’autorité divine dont elle se prévalait, et parce qu’elle refusait à ses membres les droits que les États, eux aussi plus ou moins théocratiques, durent concéder à leurs citoyens, — avant tout le droit de participer à l’expression d’une volonté commune. L’Église ne rentrera pas en communication avec ce monde tant qu’elle n’aura pas donné figure en elle-même à la liberté dont l’Évangile est la source. La reprise effective de sa mission est au prix de cette conversion.
Joseph Moingt
fin article (T1) - 1935 lectures depuis le 4 Mar 2010
L’ÉGLISE COMME OBSTACLE ET CHEMIN
« Mon Royaume, a dit Jésus, est semblable à une très petite graine plantée dans le sol... Pour qu’elle grandisse, elle doit accepter de mourir en terre, mais ensuite elle devient un grand arbre et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches. »
La graine, c’est Jésus lui-même, et sa mort sur la croix a été la naissance de l’Eglise. Toute la vie de Dieu passe désormais dans l’Eglise comme la graine fait passer toute sa vitalité dans l’arbre immense qui naît d’elle et ne fait qu’un avec elle.
Arbre et graine ne font pas deux, mais un : ainsi les chrétiens sont Un avec Jésus.
La graine contient déjà en germe tout l’arbre. Jésus s’achève dans les chrétiens.
Mais sur ce tronc magnifique les passants stupides ont laissé leur trace et elles ne sont pas belles! Les graffiti, les entailles des canifs et les coups de hache, la poussière et les ordures ont sali et parfois déshonoré l’arbre et ses abords. Les lichens et les parasites l’encombrent. Cependant, sous l’écorce abîmée, la sève passe puissante.
Le grand chêne de l’Eglise est, lui aussi, souvent défiguré. Chaque époque y laisse sa trace, sa mentalité, ses joies, ses laideurs, ses misères, ses drames.
Un siècle d’intolérance généralisée, et c’est l’inquisition : une époque de fanatisme, et les guerres de religion naissent ; l’intérêt politique déguisé, et le massacre de la Saint-Barthélemy est perpétré au son des cloches de Saint-Germain-l’Auxerrois.
Mais l’Eglise est plus forte que le mal, les puissances de mort ne prévaudront pas contre elle. Sa vie est indestructible, car elle est la vie du Christ même.
Un mystère, c’est le point de jonction de deux vérités : chacune d’elles est compréhensible séparément; mais ce que nous ne saisissons pas, c’est leur rencontre.
Il y a toujours mystère lorsque se fait la rencontre de Dieu et de l’homme : ce Dieu que nous comprenons si immense et au-dessus de tout; l’homme que nous savons par notre propre regard sur nous-même si médiocre et ordinaire. Comment une telle rencontre peut-elle se faire?
Or l’Eglise est le point que Dieu a choisi pour rencontrer notre humanité tout au long de l’histoire seule la dimension de l’infini amour de Dieu peut rendre croyable un tel dessein.
Oui, mystère que l’Eglise mêlée au péché de ses enfants, mais comme à l’adversaire avec lequel elle lutte jusqu’à la fin des temps.
Oui, mystère que cette Eglise sainte et qui n’est pas une Eglise idéale, mais qui est bel et bien l’Eglise de l’histoire, le Corps du Christ se prolongeant dans l’humanité.
Oui, mystère que l’Eglise, extension, communication, survie de Jésus de Nazareth se continuant dans l’Eglise de Pierre, dans l’Eglise de Rome.
Oui, mystère d’une Eglise dont le tronc est solidaire de l’histoire terrestre, mais dont la cime est déjà dans le ciel. Une Eglise à la fois sainte et composée de membres pécheurs.
Jacques Loew
fin article (T1) - 653 lectures depuis le 7 Feb 2010
Revenir au Credo du 2e siècle
On le dit et on le redit sur tous les tons, dans toutes les revues et les hebdomadaires: le monde a changé davantage dans cette fin du 20e siècle qu'en deux mille ans! Ses dimensions ont explosé. Nous sommes passés de la barque de Pierre sur le lac de Galilée aux cosmonautes largués sans filin dans l'infini cosmique. Comme on parle de l'âge de la pierre polie, puis de l'âge du bronze et du fer, nous sommes entrés dans une ère nouvelle!
Notre place dans le monde a changé et bien plus que par le simple passage à l'ère des ordinateurs et des sondes cosmiques. Les astronautes nous mettent en face d'étoiles qui émettent des jets d'énergie comparables à cent millions de soleils, au voisinage de notre terre: à quarante mille années-lumière seulement! Tandis, qu'à l'autre extrémité, nous fabriquons des humains sur commande, bientôt sur catalogue.
À moins de se réfugier dans les nuages du passé, notre foi se vit dans cet environnement sans précédent, dans ce temps réel où nous sommes. Un sociologue religieux de valeur, Émile Poulat, écrivait: «Nous sommes passés d'un monde plein de Dieu à un monde sorti de Dieu, au moins dans nos pays dits développés. Dieu tenait jadis une place essentielle dans la vie publique comme dans la vie quotidienne. Ce n'est plus le cas aujourd'hui parmi nous.» Et il ajoute, exprimant bien ce que je pense: «Sans changer de terre, l'humanité contemporaine a quitté le pays de ses ancêtres par un véritable exode spirituel et intérieur.»
Est-ce la fin du christianisme? Le début du Nouvel Âge? Je ne le pense pas; et Émile Poulat non plus. Mais que devient ma foi de 1932? Ma lecture de la Bible a changé, ma compréhension s'est affinée, moins naïve, plus digne de Dieu. La liturgie s'est rapprochée de la source primitive: nous pouvons mieux vivre ce qui fut, pour les premiers croyants, l'essentiel, ce pour quoi ils donnaient leur vie, ce qu'ils appelaient l'admirable lumière et leur faisait nommer le baptême en Jésus une illumination. Les historiens de notre époque m'apprennent à relativiser bien des moments de l'histoire de l'Église, à comprendre que sa Tradition (au grand sens du mot) n'est pas figée aux coutumes, on peut dire aux costumes dont chaque temps l'habille.
Pour moi, le noyau fort, c'est le Credo du IIe siècle, tel qu'il est conservé chez les Coptes et dans les sables d'Égypte. Cela ne veut pas dire que je nie le Credo de Nicée, Constantinople et autres. Certainement pas! Mais pour moi, le roc inébranlable c'est ce Credo du IIe siècle, que l'on redit à la vigile pascale:
Je crois en Dieu le Père tout-puissant
et en Jésus-Christ son fils unique notre Seigneur;
je crois en l'Esprit-Saint,
à la sainte Église catholique,
à la résurrection de la chair. Amen.
Nous ne sommes qu'à l'aurore de la civilisation, à l'aurore de la vie chrétienne, dans les premières secondes. Il n'y a pas de raisons que le monde cesse d'exister, à moins qu'il y ait un météore qui tombe sur la terre et la fasse éclater. Dans un million d'années, il n'y a aucune raison pour que les cardinaux continuent à exister tels qu'ils sont, pour que les diocèses soient divisés comme ils le sont. Ne nous cramponnons pas à des réalités qui restent historiques et très grandes. Dans un million d'années, ou bien le christianisme sera balayé et il ne restera plus rien, ou bien on continuera à dire le Credo du IIe siècle: Je crois... son fils unique Notre Seigneur! Je crois en l'Esprit-Saint, à la sainte Église catholique.., mais le Credo du IIe siècle ne dit pas «apostolique et romaine».
Je crois dans cette Église qui pourra varier dans ses formes humaines et j'espère qu'elle variera. Je l'espère et je souffre souvent des verrous que l'on ferme soi-disant pour l'éternité.
Voilà, je suis ce pauvre homme qui cherche Dieu et qui espère avoir à le chercher jusqu'à la fin de sa vie, mais dans l'essentiel de la foi.
Voilà ma joie, mes convictions actuelles, mon espérance, même si l'avenir en mutation m'échappe, même si les sondages religieux marquent des baisses catastrophiques. Émile Poulat cite ce mot de Thomas Mann: «Une civilisation naît au moment où des hommes sans génie croient qu'elle est perdue.»
Mais il faut le dire aussi: en même temps que notre humanité a pris des possibilités insoupçonnées, la présence du mal dans le monde se fait chaque jour plus aiguë.
Comme tant d'autres peut-être ai-je vécu d'illusions à ce sujet. Il faut nous y arrêter. Enfant, durant la guerre de 1914, j'entendais parler de «la der des ders»; on disait que ce n'était pas trop de payer, par des millions de morts, la guerre en cours, puisque c'était la dernière. Mais il y a eu pire: la guerre 1939-1945 avec, ensuite, la découverte des camps d'extermination, la Shoah, les goulags. Le mur de Berlin est tombé: quelle explosion de joie! Mais, depuis, il y a la Bosnie, le Rwanda et plus de quarante foyers de massacre et de peurs, de tortures, sur la planète.
Non, le mal et la mort n'ont pas reculé et l'obligation de lutter pour un monde meilleur -ou moins barbare- se fait d'autant plus pressante. Pour le croyant, la coexistence du mal face à Dieu reste une écharde plantée dans son intelligence. Une certitude cependant nous est livrée dès la première page de la Bible, fondamentale: Dieu a voulu et créé un monde «bon, très bon, excellent». La perversion que nous constatons ne peut venir de lui: il faut la chercher du côté de l'homme. Dieu est innocent du mal. Mais pas indifférent à notre malheur... et la réponse est, une fois encore, Jésus, lui qui aima les siens jusqu'au bout, pour qu'ils aient la vie, et la vie en abondance. Là, il ne s'agit plus de raisonner mais de regarder, de se laisser convaincre par Jésus en croix, de croire que Tout est accompli: son dernier mot.
Ma vérité suprême -et la vôtre-:
En Jésus-Christ, Dieu aime tous les hommes et chaque homme d'un amour personnel et unique.
(Jacques Loew, Revue Nouveau Dialogue no 104, 1995)
fin article (T1) - 589 lectures depuis le 7 Feb 2010
Au beau temps où il n’y avait ni clerc ni laïc
(extraits des pages 13 à 57 de Les laïcs aux origines de l’Église d’Alexandre Faivre (Le centurion 1984)
Les sous-titres et les soulignés n’appartiennent pas au texte d’Alexandre Faivre.
A. La pratique de Jésus
Le Christ lui-même s’est placé au-dessus de tout ce qui, dans la société juive de son temps, pouvait introduire une catégorisation ou une inégalité entre les hommes appelés par Dieu. Refusant les préjugés, quitte à causer le scandale, il mange avec les publicains, fraie avec les samaritains, parte avec les femmes de mauvaise vie, ose élever la voix devant les autorités religieuses quitte à le payer de sa vie.
"Si Jésus était sur terre, il ne serait même pas prêtre puisqu'il y en a qui offrent les dons conformément à la Loi." C'est l'épître aux Hébreux qui nous dit cela, cette même épître qui fait, par ailleurs, du Christ l'unique grand prêtre dans les cieux. De fait, Jésus se situe ailleurs que dans une dichotomie prêtre-laïc. Certes, il prêche dans les synagogues, enseigne dans le Temple, mais c'est aussi dans le Temple que Jésus, pour une fois, use de violence : c'est du Temple qu'il chasse les vendeurs.
En fait, Jésus ne se situe pas pour ou contre le laïcat ou le clergé de son temps, ni pour ou contre telle ou telle classe sociale. Il fustige avant tout des attitudes et refuse tous les pouvoirs humains qui se croient absolus, que ces pouvoirs trouvent leurs fondements dans la richesse, qu'ils soient d'origine cultuelle ou simplement intellectuelle.
B. Au premier siècle
Dans le Nouveau Testament, le terme klèros est appliqué à l'ensemble du peuple fidèle et non réservé aux ministres. En ce qui concerne le nom qui traditionnellement dans le judaïsme et le monde païen désignait les prêtres, à savoir le terme hiéreus, les faits sont encore plus tranchés : jamais cette expression n'est appliquée aux ministres, mais seulement au Christ ou à l'ensemble du peuple fidèle.
La fonction sacerdotale, le sacerdoce véritable est propre au Christ qui y fait participer tous les chrétiens. Il n'existe pas dans les communautés du premier siècle de fonction sacerdotale indépendante qui serait exercée par une caste ou un ministre particulier.
C. Au second siècle
1. [Pour Justin]
il n'existe pas de coupure parmi les chrétiens, pas d'antinomie entre clercs et laïcs, pas même de différenciation entre prêtre et chrétien. ... La véritable originalité de Justin se situe dans la radicalité de cette affirmation: tous les chrétiens sont prêtres. Dans les oeuvres de ce maître, la notion de sacerdoce s’applique à l’ensemble des chrétiens, et seulement à cet ensemble. Cette notion n’est jamais appliquée à un type de ministre particulier. Il n’existe pas de sacerdoce ministériel qui viendrait se superposer ou se surajouter au sacerdoce universel des chrétiens.
Dans la célébration eucharistique, telle qu’elle est décrite par Justin, nous voyons apparaître trois types de personnages différents: celui (ou ceux) qui lit, celui qui préside, les ministres appelés diacres. Le président est-il tout simplement pris parmi les diacres? Le terme diacre doit-il être encore considéré comme un terme général désignant de manière indifférenciée tous les ministres chrétiens? Le président est-il en fait un diacre-épiscope, (c’est-à-dire un "serviteur-surveillant ")? Justin n’emploie pas les mots presbytres ou épiscope pour désigner les ministres chrétiens. Pourtant les fonctions de celui qui préside, tout en conservant un certain aspect charismatique, semblent suffisamment importantes pour n’être pas confiées totalement au hasard, à n'importe quel chrétien de bonne volonté. Nous sommes certainement en présence d'une fonction stable et celui qui préside, même s’il n'est pas nécessairement président pour toujours, doit être choisi dans un groupe relativement restreint et déterminé.
Sa fonction implique certaines compétences: il doit faire l'exhortation après la lecture, improviser la prière eucharistique, présider à la distribution des aliments consacrés, et, enfin, recueillir les dons et assister tous ceux qui sont dans le besoin.
2. Irénée de Lyon: mieux qu’un clerc, un disciple spirituel
Irénée, malgré la très haute idée qu'il se fait du disciple spirituel, semble se refuser à établir une distinction parmi les chrétiens; il ignore les termes clercs et laïcs, accorde à tous les disciples le rang sacerdotal. Au contraire, il semble s'insurger contre la façon qu'ont les valentiniens de distinguer entre les "simples", "les gens du commun" et les "parfaits". Paradoxe, ces gens simples et sans science, les valentiniens leur décernent une appellation spécifique. Cette appellation est, non pas comme on pourrait s'y attendre, celle de laïc (qui fait partie du peuple), mais celle "d'ecclésiastique".
3. Comment interpréter le silence des textes?
Des premiers textes néo-testamentaires jusqu’au traité contre les hérésies d'Irénée de Lyon, des années 40 à 180, nous n'avons rencontré qu'une seule fois le mot laïc. Encore était-il employé dans une image vétéro-testamentaire et non directement appliqué aux chrétiens.
Ceci signifie qu'il y eut plus d'un siècle et demi de christianisme sans laïc, malgré l'existence d'une typologie vétéro-testamentaire et d'une terminologie disponible.
Pour les premières communautés chrétiennes, tous les fidèles sont choisis par Dieu, tous sont appelés à être saints, tous se sentent élus, tous sont égaux en dignité. Cet idéal d’unité dans la sainteté et l'élection se traduit sur le plan ethnique par la disparition de la barrière entre juifs et nations, sur le plan social par l'appel des esclaves comme des hommes libres, des femmes, des humbles, sur le plan économique par le désir de mettre en commun les biens, sur le plan liturgique par la participation de chacun au culte en esprit et en vérité dont le seul prêtre est Jésus-Christ, tout baptisé ayant une fonction liturgique à remplir.
fin article (T1) - 333 lectures depuis le 6 Feb 2010
Des priorités pour l’avenir du ‘Mouvement de Jésus’
1. Relancer la dimension communautaire du mouvement de Jésus dimension essentielle, actuellement l’assemblée paroissiale est liée au nombre de prêtres d’où formation de laïques capables de présider et d’animer de petites communautés reconnues comme cellules d’Église revenir à la vision de Vatican II sur le ministère presbytéral (à l’encontre de la vision de Benoît XVI)
2. La pertinence de l’Évangile demande la communion de tous les chrétiens une communion qui peut se faire dans le respect des diverses confessions (reconnaissance des Églises protestantes comme de vraies Églises) une réflexion sur l’avenir de l’Église ne devrait pas se limiter à une réflexion sur l’avenir de l’Église catholique Peut-on organiser un groupe de recherche pluri-confessionnel ? Importance de réfléchir avec les générations de 25-50 ans
3. La pertinence de l’Évangile appelle une implication dans les grands problèmes actuels, notamment les changements climatiques et la pauvreté
4. La pertinence de l’Évangile demande l’invention d’un langage adapté à la culture actuelle (notamment au plan dogmatique, y compris le Credo)
5. Revenir à la forme essentielle du rite du Repas du Seigneur
- le repas nourrit et rassemble
- le repas est le lieu d’un dialogue autour de la Parole (formateur de la communauté)
- la forme actuelle du rite provient de la vision sacrificielle de l’Eucharistie
Georges Convert
fin article (T1) - 336 lectures depuis le 6 Feb 2010
Lettre d'Olivier Legendre et ami-es
Lettre d'Olivier Legendre et ami-es
Jeudi 17 décembre 2009
Nous sommes une vingtaine d'amis qui nous sommes retrouvés il y a quelques semaines pour partager les questions que nous nous posons comme catholiques convaincus et engagés.
Ces questions sur ce que l'Eglise devrait vivre dans la société actuelle, nous avons tenté de les formuler dans cette lettre (voir ci-dessous), et nous souhaitons y réfléchir avec le plus grand nombre de nos amis.
Je serais heureux que vous me disiez en réponse ce que vous en pensez, quelle est votre propre réflexion, vos questions et vos propositions. Grâce à votre contribution et à celle de bien d'autres, nous pourrons élargir notre réflexion qui prendra corps dans une deuxième lettre que nous enverrons aux environs de la Pentecôte.
Nous aimerions aboutir ensuite à des propositions constructives pour un meilleur témoignage de notre Eglise dans la société.
" Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ".
Cette phrase de l'Evangile de Jean est révolutionnaire pour la communauté des chrétiens. Il y a bientôt cinquante ans, le concile Vatican II a pris cette phrase au sérieux en initiant une transformation profonde dans la façon dont l'Eglise catholique veut s'adresser au monde et participer à sa destinée…
Transformation à peine amorcée ! La vérité que nous cherchons avec d'autres, la liberté et la justice pour lesquelles tant de personnes se battent, la vie que nous tentons de favoriser, ne sont la propriété ni des chrétiens, ni de l'Eglise. Nous croyons qu'elles sont données par Dieu, mais dans un dialogue fécond avec l'autre, croyant autrement, sans surplomb présomptueux, sans négation des sources spirituelles dans lesquelles nous puisons. Nous croyons que ces engagements et ces rencontres servent l'humanité de l'homme et contribuent à résister au mal qui la traverse.
C'est dans cet élan de Vatican II pour reprendre l'expression de Paul VI que " l'Eglise se fait conversation avec la société, de laquelle elle se reconnaît intimement solidaire ".
- Comment faire en sorte que le témoignage des chrétiens ouvre le dialogue sans être perçu en position de surplomb ?
- Quels changements favoriser pour que les communautés chrétiennes soient vraiment porteuses d'humanité ?
- Comment l'Eglise peut-elle " se faire conversation avec la société " ?
Autant de questions que nous nous sommes partagées au sein d'un groupe d'amis (1) et auxquelles nous voudrions vous associer.
Ainsi, accepteriez-vous de nous rejoindre dans ces interrogations et répondre à quelques questions :
- Parmi les questions qui vous tiennent le plus à cœur pour l'avenir de l'humanité et sur lesquelles vous seriez prêts à vous battre, quelles sont celles que vous désigneriez en priorité ?
- En quoi l'Evangile, la Parole de Jésus éclairent-ils ces questions et peuvent-ils apporter un souffle, une force pour l'avenir ?
- Avez-vous aussi d'autres sources ?
- Pour vivre ce souffle et cette espérance, qu'est ce qui vous semble faire difficulté aujourd'hui au sein de l'Eglise catholique ?
- Quelles seraient vos attentes et vos propositions ?
Nous serions heureux de recevoir le plus de contributions possible.
Nous pourrons ainsi continuer notre réflexion à partir des réactions reçues. Nous comptons en effet, à partir de toutes les contributions reçues, vous envoyer une nouvelle lettre pour Pâques 2010.
Ensuite, nous verrons comment poursuivre notre démarche, avec toutes celles et ceux qui s'y seront associés.
Olivier Le Gendre (1)
Ce groupe est composé de : Guy Aurenche - Jean-Marc Aveline - Jean Bauwin - Nicolas de Bremond d'Ars - Jean Delumeau - Marie Derain - Dominique Fontaine - Patrick Gerault - André Gouzes - Jean-Claude Guillebaud - Jean-Claude et Marie-Thérèse Koenig - Olivier Le Gendre - Henri Madelin - Joseph Maila - Annick Mallet - Véronique Margron - Inès Minin - Hadwig Müller - Mgr Jacques Noyer - Françoise Parmentier - Jean-Claude Petit - Jean-Marie Ploux - Claude et Monique Popin - Hélène et Jean Rabeyrin - Jean Rigal - Gabriel Ringlet - Mgr Albert Rouet - Isabelle Sauvage - Aimé et Micheline Savard - Bernard Stéphan - André Talbot - Gérard Testard - Catherine Thieuw - Patrick Tyteca - André Vauchez - Denis Viénot - Hyacinthe Vulliez - Alexandra Yannicopoulos Boulet
fin article (T1) - 354 lectures depuis le 6 Feb 2010
Nova Vetera
I. L'intention
Parmi les gens qui croient en l'Évangile, il en est qui sont dans le trouble et la difficulté. Non parce que leur foi est faible, mais parce qu'elle est exigeante, d'une exigence de vérité.
Parmi les gens qui ne croient pas en Jésus-Christ, il en est certains à qui l'Évangile parle, et parle fort. Mais tout ce qui s'y joint, de la tradition chrétienne et de l'Église, leur est barrage et complication.
Voilà deux sortes de gens qui s'opposent et qui pourtant sont proches. C'est à eux que s'adresse ce qui suit, en priorité aux croyants, mais sans qu'ils puissent se séparer de ce prochain étrangement séparé, qui est parfois plus proche de l'Évangile qu'ils ne le sont eux-mêmes.
D'où vient la difficulté ?
De l'Église ? De sa hiérarchie ? De la masse des chrétiens ? Des préjugés, faiblesses, hypocrisies de milieu-là ? Il y a motif. Mais s'en tenir à la contestation n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Aussi bien, les contestataires des temps conciliaires sont-ils aujourd'hui vieillissants. La jeunesse est ailleurs : hors de tout cela ou bien en quête de réassurance.
La difficulté est bien plus profonde. Elle tient à ce que fut la situation de la foi aux temps modernes, à ce qui en perdure.
Elle se manifeste en des oppositions qui paraissent sans issue. La terre ou le Ciel ? Humanisme pour tous ou particularité des dogmes et des rites ? Dialogue ou mission ? Et la liste peut se poursuivre, masquant la coupure entre notre humanité et ce qui, prétextant de Dieu, semble la méconnaître, voire la persécuter.
On peut, dans un prêche ou un article, affirmer que la foi surmonte cette opposition. Mais sur le terrain, elle demeure ; y compris sur le terrain... de la pensée, quand la pensée se risque à cette audace critique qui est le signe de son honnêteté.
Lire l'article au complet en téléchargeant le PDF ci-dessous...
| Suite au format PDF... |
fin article (T1) - 330 lectures depuis le 6 Feb 2010
AUTRES ARTICLES RÉCENTS POUR « L'Église »
L’ÉGLISE COMME OBSTACLE ET CHEMIN
Au beau temps où il n’y avait ni clerc ni laïc
Des priorités pour l’avenir du ‘Mouvement de Jésus’
Lettre d'Olivier Legendre et ami-es
Lettre personnelle au Pape Benoît XVI
A propos de la levée de l’excommunication des 4 évêques lefebvristes
Comment renouveler l’Église catholique au Québec à l’aube du 21e siècle.
