»»» Rubrique : Les questions de morale personnelle et sociale.

Attendrons-nous un nouveau Karl Marx?

26 novembre 2009 : «72 cadres de l'équipementier canadien se partagent des primes et des hausses salariales de 7,5 millions de dollars américains, en plus des 45 millions versés depuis le printemps dernier.»

On n’en finirait plus d’énumérer les scandales de ces richissimes qui s’octroient des primes exorbitantes sur le dos petits salariés et des petits retraités qui ont placé les ressources d’une vie de labeur dans des actions qu’on croyait fiables.

Ajoutons à cela les crises financières : celles des prêts hypothécaires dans l’immobilier aux Etats-Unis et la récente faillite de l’extravagante Dubaï. Et la multitude des criminels en cravate…

A proximité de tout cela il y a la misère, insoutenable à voir, de certains groupes humains en Afrique et ailleurs… Et la détresse de toutes les familles au chômage, y compris dans les pays riches.

Devant ces situations scandaleuses, j’ai honte de manger à ma faim, de préparer mes cadeaux de Noël. J’ai surtout honte de mon silence et de ma passivité.
Je n’ignore pas la complexité des questions économiques, même si je ne suis qu’un citoyen ordinaire. Mais lorsqu’on m’explique qu’il faut payer des boni gargantuesques aux cadres supérieurs pour qu’ils fassent tourner l’économie, je ne peux m’empêcher de crier au déni de sens civique lorsque cela conduit au suicide (physique et/ou moral) les gens qui ne voient plus comment nourrir leur famille. Avons-nous perdu tout sens de solidarité et de justice?

Je suis chrétien et prêtre. L’Évangile me harcèle chaque jour sur mon choix d’être disciple du prophète de Nazareth. Je n’ignore pas que les leaders des Églises chrétiennes écrivent souvent pour dénoncer les injustices. Mais leurs écrits ne sont-ils pas trop léchés et nuancés pour interpeller notre monde?

Ne faut-il pas appeler à une mobilisation de tous les êtres de ‘bonne volonté’ pour qu’ils descendent dans les rues et crient au scandale? Internet peut sans doute être un outil utile pour susciter ce sursaut d’indignation face au scandale de ces injustices.
Attendrons-nous que se lève un nouveau Karl Marx qui entraînera tous ceux qui sont au désespoir pour lancer une révolution violente qui fera à son tour de nouvelles victimes et créera de nouvelles injustices?

Oui, devant de tels scandales, j’ai honte d’être chrétien… et j’ai honte d’être humain.

Georges Convert




fin article (T1) - 328 lectures depuis le 6 Feb 2010


L’Église et la politique

Un évêque du Québec avait donné son accord à un prêtre de son diocèse pour qu’il se présente comme candidat député. Les prises de position de ce prêtre, qui approuve le mariage des gais notamment et la contraception, ont déplu à un certain nombre de chrétiens qui ont écrit à Rome pour dénoncer les positions de ce prêtre. Le Vatican a fini par demander à l’évêque d’intimer à ce prêtre de choisir : ou il est député et renonce à la prêtrise, ou il reste prêtre et renonce à la politique.

Personnellement je n’approuve pas qu’un prêtre qui garde sa qualité de prêtre soit en même temps un député de quelque parti politique que ce soit. Quand on est membre d’un parti – et à plus forte raison lorsqu’on est un élu de ce parti – on perd une certaine liberté d’expression. En effet, il faut agir bien souvent en s’alignant sur la position du parti.

Or l’Église, elle, ne doit pas se comporter comme les partis politiques. Pour être conforme à la pratique de Jésus, il me semble qu’elle doit avoir un autre comportement. Dans la grande Tradition de l’Église, ce qui prime avant tout est la liberté de la conscience de toute personne. Autant en ce qui concerne les questions de morale sociale que de morale sexuelle (remariage des divorcés, contraception, orientation sexuelle, etc). Sur ces questions – qui ne sont pas des points dogmatiques -, les catholiques peuvent avoir des positions divergentes. De même, il me semble que sur le plan de la liturgie où Rome voudrait que toute communauté s’aligne sur des normes communes, la question se pose aussi. Le pape Benoit XVI ne vient-il pas d’accorder à certains fidèles de l’Église romaine de célébrer selon une autre pratique liturgique que celle de la majorité des communautés de l’Église romaine? Une décision dont je me réjouis mais que je voudrais voir étendue à toutes les communautés qui créent – avec l’approbation de leur curé ou de leur évêque - des pratiques liturgiques qu’ils estiment plus conformes aux cultures actuelles.

Un prêtre-curé, parce qu’il est le rassembleur d’une communauté paroissiale, se doit de dire le point de vue de son évêque sur les questions morales. Mais, en tant que personne, il peut dire aussi sa propre pensée, même si elle diffère de celle de l’Évêque.
Il en est de même pour l’Évêque, qui se doit de dire la position officielle de l’Église catholique, mais peut aussi dire les points sur lesquels il a une opinion différente.
On pourrait en dire autant des théologiens et théologiennes. La communion ne se bâtit pas sur l’uniformité mais sur une diversité respectueuse des points de vue de chacun.

Le cardinal Newman, un anglican devenu membre de l’Église catholique, disait qu’entre «le Pape et sa conscience, il choisirait sa conscience». Le grand théologien Thomas d’Aquin ne renierait pas cette phrase. Certes, chaque chrétien a le devoir moral d’éclairer sa conscience en accueillant les lumières des autres membres de l’Église, qu’ils soient laïques ou membres du clergé. Mais il a le devoir de penser et d’agir selon ce que sa conscience, au bout de sa réflexion, lui dit de sa compréhension de l’Évangile.

Les responsables de l’Église catholique, à travers les siècles, ont souvent pris des positions que les générations postérieures ont regrettées. Il ne faut pas que notre Église devienne totalitariste et oublie ce point de vue de la grande Tradition que chaque chrétien est libre de suivre sa conscience. Qu’il a même le devoir de suivre sa conscience quand bien même cela irait à l’encontre de la pensée – sur le plan de la morale comme du dogme - de ce que l’on appelle la hiérarchie.

Je souhaite qu’en abandonnant sa fonction de député, ce prêtre-curé retrouve cette liberté que Jésus nous a enseignée à travers sa propre attitude vis-à-vis de certains préceptes de la Loi biblique, préceptes qui étaient alors devenus des absolus pour bon nombre de scribes et de pharisiens. Je fais ce même souhait pour les évêques qui, trop souvent, n’osent prendre des positions contraires à celles de Rome sur des points d’ordre canonique, comme d’accorder un mandat pastoral à des prêtres qui se sont mariés. À un moment où l’Église catholique, en raison du manque catastrophique de prêtres, privent de l’Eucharistie de nombreuses communautés, les évêques devraient avoir le courage de tels gestes. Il me semble que ce serait être fidèle à la pensée de Jésus.

Georges Convert




fin article (T1) - 311 lectures depuis le 6 Feb 2010


Croire aux petits pas, vers la liberté

[© AED] Wanzhou : Mgr Joseph Xu Zhi-xuan, entouré de religieuses et de laïcs

[© AED] Wanzhou : Mgr Joseph Xu Zhi-xuan, entouré de religieuses et de laïcs

 

Article par Mario Bard, AED

Les Jeux Olympiques sont terminés depuis dimanche. « J.O. du sang », « Jeux d’une ère nouvelle », « Jeux de l’ouverture », « Jeux de la fermeture », tout a été dit sur ces compétitions dont les cérémonies d’ouverture et de fermeture ont été, à l’image du peuple chinois : belles et sensibles. Grandioses? Oui, mais surtout teintées de cette Chine nouvelle qui, peut-être pour la première fois, s’ouvre véritablement au monde. Une occasion pour nous, au bureau canadien de l’Aide à l’Église en Détresse, de nous arrêter sur les pratiquants chinois de cette religion dite « étrangère » qu’est le christianisme, vécue à la chinoise. Dans ce dernier article, nous porterons un regard plus approfondi sur ce que deviennent aujourd’hui les catholiques de Chine : des croyants de moins en moins divisés.

Le monde catholique chinois depuis les cinquante dernières années a vécu sous deux modes : celui de l’Église non officielle et celui de l’Église officielle. Une diversité qui était source de divisions et d’affrontements entre chrétiens d’une même foi. Dans sa lettre aux catholiques chinois, en juin 2007, Benoît XVI a lancé un appel très clair à la réconciliation. De plus, à la fin de son texte d’une cinquantaine de pages, le pape a révoqué « toutes les facultés qui avaient été concédées pour faire face à des exigences pastorales particulières, nées en des temps spécialement difficiles ». En clair, le temps des exceptions, ordinations clandestines d’évêques comprises, est terminé. Une nouvelle ère devrait commencer.

Réconciliation : maître mot!

Comment la population catholique chinoise a-t-elle reçu cette lettre qui appelle à l’unité des deux Églises? Les catholiques chinois de l’Église non-officielle ont souffert (humiliations, emprisonnements, tortures et même la mort par fidélité à l’Église de Rome. Certains d’entre eux ont peut-être pu se sentir trahis par Rome, heurtés par cette lettre, y voyant un appel à rejoindre ceux qui n’auront pas su rester fidèles à l’autorité romaine.  (Par ailleurs, il est bon de préciser que durant la révolution culturelle, les chrétiens, sans distinctions aucune, ont souffert des persécutions.) Le pape n’a pas oublié cet aspect si important de l’histoire dans sa lettre. Isabelle de Gaulmyn, correspondante à Rome pour le journal français La Croix, soulignait cet aspect dans son article du 1er juillet 2007. « Une communion qui, reconnaît-il [Benoît XVI], n’existe pas aujourd’hui en Chine. Comment surpasser ces divisions ? Par une attitude de réconciliation : « la purification de la mémoire, le pardon de ceux qui ont fait le mal, l’oubli des torts subis et la pacification des cœurs dans l’amour ».  Le pape sait bien ce que cela exige de dépasser « des positions ou des visions personnelles issues d’expériences douloureuses ou difficiles ».

Un an après la parution de cette première lettre adressée aux catholiques chinois, les échos sont en général très positifs. Même si « l’Association Patriotique a essayé de limiter sa diffusion » -comme nous a indiqué une source anonyme-, « cela n’a pas empêché les catholiques de la copier et de l’étudier minutieusement. Maintenant la lettre a rejoint les croyants dans tout le pays. » Selon cette source, cette lettre demeure un document contenant des « réflexions qui auront à être découvertes et comprises sur plusieurs années. »  Avec son emphase sur la réconciliation, le pape invite les catholiques des communautés de l’Église souterraine et de l’Église officielle à adopter une nouvelle façon de penser et à laisser aller les vieilles divisions. Cela prendra du temps, mais les efforts de réconciliation entre les deux communautés vont bon train. Et cela, en dépit des vieux griefs et des tentatives des tierces parties (le Parti communiste chinois et l’Association Patriotique) qui ont tout intérêt à interrompre ces efforts de réconciliation.

Benoît XVI a d’ailleurs rappelé la position du Vatican entre monde politique et Église : « Indépendantes l’une de l’autre, et autonomes ». Il rappelle également que, « si l’Église invite les fidèles à être de bons citoyens (…), elle demande à l’État de garantir à ces mêmes citoyens catholiques le plein exercice de leur foi, dans le respect d’une authentique liberté religieuse ».

Il nomme aussi celui qui devra porter la responsabilité de la réconciliation et de la communion ecclésiale : l’évêque, « principe et fondement visible de l’unité dans l’Église particulière », à la fois en communion avec les autres évêques, et avec le pape. » Aujourd’hui, malgré d’importants points de divergences, le Vatican et le gouvernement communiste se parlent poliment -parfois brusquement- mais il y a tout de même un dialogue. Celui-ci ne pourra que bénéficier aux fidèles catholiques qui, eux, souhaitent avoir toute liberté pour pratiquer leur religion, certes en lien avec Rome mais tout en revendiquant fièrement leur nationalité chinoise.

[© AED] De jeunes évêques prennent la relève : Mgr Wei Jingyi, 50 ans

[© AED] Un catholique chinois récitant le rosaire… peut-être pour la liberté!

 

Pourquoi se convertir à la religion « étrangère »?

Force est de constater qu’il est encore difficile pour les chrétiens d’être en toute liberté fidèles à ce qu’ils sont comme croyants. Alors, pourquoi se convertir si les difficultés que cela entraîne sont si présentes?

Étonnamment, selon notre source, « l’incertitude » pourrait être une première réponse. Une incertitude qui se développe de plus en plus dans une société où les diktats de la compétition et du profit ont pris le pas sur les idéaux de la révolution communiste qui promettait une place au soleil à tous. Sans aucune considération pour l’être humain, cela en est fini de l’aide à la santé, à l’éducation, ainsi que de d’autres programmes sociaux qui étaient en vigueur jusqu’à un passé récent. Place à la compétition qu’impose le modèle néolibéral. Il est d’ailleurs paradoxal que, dans un pays officiellement communiste, les syndicats ne réussissent pas à protéger les travailleurs des abus de ce mouvement qui promettait aux travailleurs une plus grande justice. Les religions apparaissent alors aux gens comme des « forteresses », des lieux sûrs au milieu de l’incertitude, de la perte de repères, face à l’éclatement des communautés « tricotées-serrées » qu’étaient les villages. Le parti communiste, maintenant avide de performance, laisse derrière lui un vide idéologique; le communisme (comme on le constate avec la situation des syndicats) a perdu son sens et sa crédibilité pour les personnes qui y ont adhéré et même pour la population en général. Les gens cherchent donc ailleurs et notamment dans les religions.
Mais il peut y avoir une deuxième réponse, assure notre source : « Si les gens sont attirés par la foi chrétienne, cela est aussi dû au témoignage convaincant de la plupart des chrétiens chinois. En dépit des divisions qui demeurent et affaiblissent, les catholiques et les protestants chinois donnent des exemples admirables de paix et d’unité, d’amour familial. » Il y a aussi « les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que les croyants [laïques] qui servent les communautés avec un grand sens du don, du sacrifice de soi par les nombreuses œuvres de bienfaisance qu’ils mettent sur pied. Cela s’est d’ailleurs vérifié lors du récent tremblement de terre dans le Sichuan », par le témoignage qu’ont donné les chrétiens en secourant les sinistrés. Un phénomène que ne peut expliquer « l’appât du gain matériel ».

Après les JO?

Les Jeux Olympiques terminés, qu’arrivera-t-il à la liberté d’expression, incluant celle de pratiquer librement sa religion? On peut facilement penser que la situation ne sera pas changée. D’ailleurs, avant les JO, les restrictions ont augmenté et les Chinois n’ont pu totalement goûter la liberté qu’ils auraient souhaitée avec la venue de gens du monde entier dans leur pays. Une fois les compétitions terminées, les démocraties occidentales et les organisations non gouvernementales vont sûrement continuer à demander davantage de libertés dans l’Empire du milieu. Ils continueront de surveiller la situation des minorités comme les Ouïgours et les Tibétains, dont plusieurs craignent qu’ils soient littéralement victimes de génocide culturel. Également, les chrétiens des pays occidentaux auront, espérons le, un regard différent sur leurs sœurs et frères chrétiens de Chine.  Un regard qui reconnaît l’apport exceptionnel de la culture chinoise à l’histoire de l’Église universelle. Dans le passé, ce regard pouvait être teinté d’un peu de condescendance, sur une société que bien des occidentaux considéraient comme barbare. Il faut espérer que, par la tenue des JO en Chine, ce regard ait changé. Si, dans le passé, certains préjugés misérabilistes et ignares continuaient d’accompagner notre regard sur l’Empire du milieu et les Chinois, il n’est plus permis, avec ce que nous avons pu observer et comprendre de cette civilisation, de la traiter avec mépris.

Bien sûr, les problèmes de liberté restent entiers. Il est difficile de changer des structures qui datent au moins du premier empereur, c’est-à-dire il y a 2 200 ans. Mao, le « dernier empereur » (dont le mythe est de plus en plus déboulonné), est mort il n’y a que 32 ans. Le Parti communiste est toujours le seul autorisé à régner. Par contre, le système juridique se modifie présentement en Chine, nous confirmait en entrevue Serge Granger, sinologue. C’est sûrement un signe que la liberté individuelle prend de plus en plus sa place. Tout comme la liberté économique, de plus en plus réelle pour les gens plus fortunés.

Ce qui  pourrait être une nouveauté complètement bouleversante pour le monde chinois, c’est la liberté d’exprimer librement sa pensée, sans contrôle de l’État. Une évolution qui, si elle se met en place, changera radicalement la donnée géopolitique mondiale. Espérons que cette r-évolution ne vienne pas saper les valeurs traditionnelles si chères aux Chinois : valeurs familiales et valeurs d’harmonie sociale. D’ailleurs, selon l’historien Yu Ying- sigh, considéré comme le plus grand historien chinois de l’heure et lauréat 2006 du prix Kluge (Nobel des historiens), « …tout le monde [en Chine actuellement] est travaillé par la grande question : comment concilier notre tradition nationale avec notre besoin de démocratie? »*
Les Chinois manifestent un grand intérêt pour les événements d’envergure internationale, prouvant sans l’ombre d’un doute leur curiosité nouvelle pour le monde. Une curiosité que le pouvoir communiste centralisateur de Beijing ne pourra plus ignorer. L’Exposition universelle de 2010 se déroulera à Shanghai. Cet événement va de nouveau tourner les yeux du monde vers la Chine!

Aurevoir – «zài jiàn» - 再见

Pour cette série d’article, l’AED remercie pour son aide Georges Convert, ptr et monsieur Serge Granger, sinologue et historien.  
*Source : Le Nouvel Observateur, « Dix clefs pour comprendre la Chine », 31 juillet 2008


fin article (T9) - 1130 lectures depuis le 21 Sep 2008


Les chrétiens chinois : des racines bien ancrées

La religion et le gouvernement chinois : une situation de contrôle qui ne date pas d’hier. Mais ce qui semble nouveau aujourd’hui dans l’histoire de ce pays, c’est la popularité pour le christianisme.  Pourtant, les chrétiens sont présents en Chine depuis presque 1 500 ans! Alors, qu’est-ce qui attire aujourd’hui les Chinois vers cette « religion étrangère », le nom qui a souvent été donné au christianisme en Chine? Quelle est la situation des chrétiens de Chine en 2008? Nos deux prochaines incursions dans l’Empire du milieu nous permettront de mieux y comprendre la chrétienté, et le monde catholique en particulier.

Une présence chrétienne plus que millénaire

Le monde chinois a connu une première incursion importante des chrétiens sur son territoire, dès le 8e siècle. Par-contre, certains spécialistes affirment qu’ils étaient présents dès le 6e siècle, en 520, sous la dynastie des Tang. Les premiers chrétiens chinois étaient essentiellement des nestoriens, ces chrétiens qui mettaient l’accent sur la nature humaine du Christ. C’est l’évêque Nestorius de Constantinople qui est l’instigateur de cette doctrine qui, par conséquent, ne voit pas en Marie la mère de Dieu. Ce qui fera la perte de Nestorius qui sera emprisonné. Ses thèses seront condamnées et rejetées.

Pourtant, des chrétiens vont continuer à adhérer à cette doctrine. Par contre, ils le feront dans les territoires plus à l’est, en dehors de l’Empire byzantin. Ils iront jusqu’en Chine où ils remportent un succès certain jusqu’au 9e siècle, date des premières persécutions contre ce qui est appelé « les religions étrangères ». Cela n’empêchera pas la foi chrétienne de se propager dans plusieurs pays et régions limitrophes de la Chine, traversés par la route de la soie. Même le très bouddhiste Tibet connaîtra son temps de chrétienté avec, à compter du 8e siècle, la présence d’un métropolite et de plusieurs évêques sous son autorité. De même au nord, en Mandchourie et en Mongolie orientale, les chrétiens sont bien implantés, avec une présence confirmée du 10e au 13e siècle. D’ailleurs, le prince chrétien Nayan composera une armée presque exclusivement chrétienne et fera broder la croix sur ses étendards.

Encore un autre exemple de la présence importante des chrétiens? Au XIIe siècle, il y a en Chine deux archevêchés (à Xi'an et à Beijing), qui dépendent du patriarche de Bagdad. Sous la dynastie mongole des Yuan (1206 à 1367), les prêtres seront même exemptés d’impôts et vont bénéficier de distributions de grains faites par ordre de l’empereur. La mère du très célèbre empereur Kubilaï Khan était une nestorienne… Bref, les exemples historiques et même archéologiques ne manquent pas pour confirmer que la présence des chrétiens en Chine est loin d’être récente. Une présence presque constante malgré les persécutions répétées.  Les nestoriens disparaîtront d’ailleurs totalement de Chine à la fin de la dynastie des Yuan (14e siècle). Pourtant, la nouvelle dynastie des Ming (qui règne jusqu’en 1644), ouvre de nouveau sa porte aux chrétiens, particulièrement aux Jésuites. Celle qui suit, la Qing, continue cet esprit d’ouverture… et de fermeture, les périodes de persécutions succédant aux périodes de tolérance du culte chrétien, et vice-versa!
Les JO et la foi : un espoir?

À partir des Qing, quoique subissant sporadiquement des persécutions, les chrétiens de Chine ne vivront  pas de période de grande noirceur, mise à part la période des Boxers (début du 20e siècle). Ils vont même jouir d’un grand respect et d’une autorité morale certaine. C’est avec la Chine communiste de Mao (1949 à 1976) que les chrétiens subissent de nouveau des heures très sombres : fermetures d’églises, emprisonnements, travaux forcés, tortures et mises à mort. Encore aujourd’hui, la foi chrétienne reste source de persécutions pour certains chrétiens. Comme nous l’avons vu dans l’article précédent (Chine : éveil spirituel), les Jeux Olympiques (JO) n’ont pas nécessairement apporté la liberté que les groupes des droits de la personne espéraient. « Généralement, les observateurs, comme les organisations pour les droits humains, ont déploré un resserrement sur les potentielles dissensions autour des jeux olympiques », selon ce que rapporte une source anonyme proche de l’Église chinoise. « Les autorités ont fortement encadré, cette année, le pèlerinage traditionnel du mois de mai au Sanctuaire de Notre-Dame du perpétuel secours à Seshan, près de Shanghai ».  D’ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles les autorités voulaient limiter l’accès au sanctuaire « pourrait être que les autorités ont essayé d’éviter les grands rassemblements religieux avant les Olympiques et spécialement après les émeutes au Tibet », indique notre source.

Il est clair pour cette personne que le gouvernement essaie d’écarter, à l’occasion des JO, tout fauteur de trouble, c’est-à- dire tous ceux qui sont « susceptibles de troubler “l’harmonie publique et sociale” de la Chine, image voulue et véhiculée par les autorités chinoises. » Du côté protestant, des pasteurs ont été assignés à résidence juste avant le début des JO. « Pour les chrétiens, la situation est devenue, à des degrés variables, plus tendue, affirme toujours notre source. Toutes les communautés chrétiennes, y compris les catholiques, sont plus surveillées que d’habitude.

Église à Wanzhou (Centre-Est de la Chine)


Les JO et la liberté religieuse : un espoir?

Comme nous avons pu l’observer une dizaine de jours avant le début des JO, les journalistes étrangers n’ont pu profiter de toutes les règles d’assouplissements annoncées précédemment par le gouvernement. Ainsi, plusieurs sites web, dont ceux de Human Rights Watch ou encore Amnistie Internationale ne pouvaient être accessibles de la salle de presse olympique.

Peut-on espérer que l’événement international aura un impact sur la liberté religieuse? Selon notre source, il y a l’espoir « que les JO auront un effet positif sur la liberté religieuse en République populaire de Chine. » En effet, « durant les jeux, des centaines de milliers de visiteurs et de journalistes convergent dans le pays. Parmi eux, il y a un nombre considérable de chrétiens pratiquants. Tous ces groupes apportent leurs idées et des attitudes qui ne peuvent être ignorées. » Ce petit nombre de croyants est sûrement influent par son témoignage de croyants qui vivent leur religion avec un grand sens de la responsabilité, et ce, en toute liberté.
Par ailleurs, la nouvelle économie et son expansion pourraient jouer un rôle déterminant pour la liberté religieuse. « L’histoire nous montre que plus les gens s’enrichissent et plus ils demandent une plus grande participation à leur société, ainsi que plus de liberté individuelle, affirme encore notre source. « Nous espérons qu’avec toutes les caractéristiques de la culture, de l’histoire et de la mentalité chinoise, quelque chose de semblable va advenir en Chine. » Les Chinois voyagent de plus en plus par affaire, ayant développé une économie basée sur l’exportation. « Ce qui fait que les gens d’affaires sont de plus en plus en contact avec les autres sociétés, cultures, systèmes politiques, idées et concepts. » Même chose pour les citoyens qui ont de plus en plus l’intention de voyager et d’envoyer leurs enfants faire des études à l’étranger. « Il y a de bonnes chances pour qu’ils découvrent, dans d’autres sociétés, des choses qui leur plaisent, comme la foi et la liberté religieuse. » Par contre, notre source estime qu’ils n’aimeront sûrement pas dans nos sociétés « l’individualisme exagéré et le non respect de la famille ». Deux aspects sensibles dans la société chinoise : la communauté et la famille sont des valeurs essentielles et très anciennes. « Tous ces contacts vont apporter, on l’espère, de nouvelles façons de penser; non pas une copie de la pensée occidentale mais une évolution et un renforcement des propres valeurs et traditions chinoises».

L’éveil spirituel actuel de la Chine est lié à l’histoire récente. Bien sûr, depuis plus de 4 500 ans, le peuple chinois n’a jamais eu peur d’intégrer la religion et la spiritualité dans son quotidien. Ce qui est nouveau, c’est l’attrait que représente la « religion étrangère » qu’est le christianisme. Pourquoi? La semaine prochaine, nous nous attarderons sur les raisons qui mènent les Chinois vers le christianisme. Nous verrons également comment les catholiques chinois réagissent à la lettre de Benoît XVI, plus d’un an après sa parution. Soyez avec nous, la semaine prochaine, pour notre dernier voyage dans l’Empire du milieu!

Syntoniser également Radio Ville-Marie lundi le 25 août, dès 12h30. Notre dernière émission sera un témoignage de Monsieur Guillaume Lesage, catholique et cadre d’une multinationale française dont le siège asiatique est situé à Shanghai. Il nous parlera de Jean, un homme de 81 ans qui travaille auprès de ceux que le développement économique a laissé pour compte dans cette mégapole de près de 20 millions d’habitants.

Radio Ville-Marie (www.radiovm.com), tous les lundis du mois d’août, 12h30, afin d’en savoir plus sur l’Empire du milieu! À Montréal, 91,3fm, à Sherbrooke, 100,3fm, à Trois-Rivières, 89,9fm et à Victoriaville, 89,3fm.


fin article (T9) - 1011 lectures depuis le 21 Sep 2008


Chine : éveil spirituel

Par Mario Bard, AED

La liberté religieuse en Chine fait « jaser »1 depuis longtemps. Très longtemps même! Cette liberté a toujours été, nous l’avons vu la semaine dernière, plus souvent qu’autrement assujetti à l’État. Qu’il soit de type impérial ou bien communiste. Après plus de 60 ans de pouvoir communiste, les Chinois goûtent au capitalisme mais, à la sauce communiste! Si une bonne proportion de la population y a trouvé certaines satisfactions et a amélioré son sort, il en est tout autrement en ce qui concerne la question du sens à la vie. D’autant plus que le parti communiste répond de moins en moins aux attentes
idéologiques qu’il a pu porter au départ, et qui pouvait tenter de donner un sens à l’existence de plusieurs Chinois. Le nouveau credo du gouvernement est maintenant économique, et presque seulement économique. Alors, où trouver un sens à sa vie? Aide à l’Église en Détresse (AED) a fait enquête.
Un fait religieux en mouvement
Dans ce pays qui est officiellement athée (50 pour cent2), les habitants sont de plus en plus attirés par diverses traditions spirituelles et religieuses. Presque 60 ans d’endoctrinement à l’athéisme officiel proclamé par le parti communisme n’ont rien enlevé au sens spirituel du peuple Chinois, comme d’ailleurs dans bien d’autres endroits du globe où l’idéologie athée a voulu s’implanter avec vigueur. Le retour du balancier semble être au rendez-vous. Dans une étude conduite par une université de Shanghai, commencée en 2005 et publiée en 2007,  le nombre de croyants, toutes religions confondues, a été estimé à 300 millions. Il y a 31,4 pour cent des personnes interrogées dans le cadre de l’étude qui ont dit adhérer à une tradition religieuse. « Ceux qui cherchent le salut au-delà des valeurs communistes », définissent les deux auteurs de l’étude. De plus, la plupart sont jeunes, étant dans la tranche d’âge comprise entre 16 et 39 ans. Selon les auteurs de l’étude, ces données démontrent un renouveau spirituel en Chine, dont profitent particulièrement les communautés chrétiennes, surtout protestantes.

C’est tout un bond quand on compare les anciens chiffres officiels qui faisaient état de 12 pour cent, toutes religions confondues. Toujours selon cette étude, les religions, philosophies et spiritualités asiatiques traditionnelles (bouddhisme, taoïsme, confucianisme et la religion populaire chinoise), ont la plus grande part du gâteau avec 200 millions d’adeptes. Même le dieu de la fortune fait l’objet d’un culte particulier! Cependant, les chrétiens font présentement « une grosse percée », que ce soit chez les protestants ou les catholiques, sans distinction. Ils sont passés de 10 millions à la fin des années ’90 à plus de 60 millions aujourd’hui, selon l’Atlas des religions La Vie Le Monde! (novembre 2007)

Une liberté nouvelle pour le fait religieux en Chine? © AED

Logo de la campagne AED-Canada, « Chine 2008 »


Je crois parce que …

Plus de trente ans après la mort de Mao, seule « image sainte » autorisé par le régime, ce tiers de Chinois croyants croit que la religion « montre le vrai chemin de la vie ». De ce tiers de croyants, un tiers (souvent dans les campagnes) considèrent que la religion « aide à soigner les maladies, permet d’éviter les catastrophes et assure une vie douce ». Si les croyants des campagnes sont des personnes qui vivent très souvent dans des situations de pauvreté matérielle, il en est tout autrement pour une autre partie des croyants de plus en plus jeunes et éduqués qui seraient « déconcertés par le déclin moral » et « assaillis par la pression sociale ». Cette partie de la population croyante vit en majeure partie dans les grandes villes des riches régions côtières de l’est. Selon les auteurs, « les citadins sont à la recherche de nouvelles valeurs. »

« L’ouverture économique a accéléré un retour à la religion, estime Monsieur Serge Granger, sinologue et auteur de Le lys et le lotus : les relations du Québec avec la Chine de 1650 à 1950. « Parce que ce n’est pas tout le monde qui a bénéficié de cette ouverture ». De plus, il estime : « Le peuple chinois est un peu laissé à lui-même par rapport aux valeurs qui furent véhiculés par le passé ». Interviewé par l’AED, le sinologue se réfère ici au confucianisme qui a tant influencé la civilisation chinoise et qui est très loin de la pensée capitaliste, dominante dans l’actuel gouvernement.

Une liberté nouvelle pour le fait religieux en Chine? © AED

En 2005, le parti communiste avait reconnu, à l’occasion d’une vaste campagne pour redorer le blason du marxisme, le rôle des religions dans la construction de la « société harmonieuse ». Faut-il se réjouir de cette ouverture et de celle plus récente (automne 2007) de l’inclusion du terme « religion » dans les documents officiels du parti communiste? Pas vraiment, selon plusieurs observateurs de la question des droits de la personne. Ce serait même plutôt une occasion pour resserrer le contrôle étatique et idéologique sur les religions. Les persécutions demeurent également bien présentes, même si il semble que celles-ci seraient devenues moins intenses, selon des sources qui doivent demeurer anonymes pour continuer leur travail. Amnistie Internationale3 rapporte que des millions de Chinois sont toujours empêchés de vivre leur religion librement, mais l’organisation internationale ne publie pas de chiffres exacts concernant les catholiques emprisonnés à cause de leur foi. L’ACAT-France, (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) en compagnie de d’autres organisations a établi cette année, à l’occasion des Jeux Olympiques, 40 cas emblématiques de citoyens chinois, emprisonnés pour avoir simplement exercé leurs droits fondamentaux. Cette liste comprend notamment cinq chrétiens chinois parrainés et soutenus par l’ACAT. En septembre dernier (2007)  Mgr John Han Dingxian de Yongnian, du diocèse de Hebei province est décédé en prison, après dix années passées derrière les barreaux. Les autorités ont affirmé qu’il est mort d’un cancer des poumons, mais il n’a pu être possible pour ses proches de confirmer cette information. Les autorités ont rapidement procédées à sa crémation. 

Paradoxalement dans les deux dernières années (2007-2008), les arrestations de prêtres et d’évêques semblent avoir diminuées. Est-ce l’effet des olympiques ou des progrès réels? Il semble également qu’il y ait quelques signes d’un dialogue qui se continu et qui tend à améliorer les relations entre le Vatican et Beijing. Les plus récentes ordinations d’évêques dans la seconde moitié de 2007 ont pu se faire sans complications majeures, et avec l’approbation des deux parties. Par exemple, à Guizhou, à Beijing, à Yichang (province du Hubei), à Guangzhou (province du Guandong). Également, un concert de l’Orchestre Philarmonique de Beijing,  en mai, au Vatican même, a été commenté de manière positive par les médias officiels chinois et a donné lieu à une augmentation de la spéculation au sujet d’un réchauffement possible des relations Sino-vaticanes. Par-contre, les restrictions prises par les autorités gouvernementales lors du traditionnel pèlerinage de mai dernier au sanctuaire de Notre-Dame du perpétuel secours à Sheshan, près de Shanghai, nous rappelle qu’il y a encore un long chemin à parcourir. 

Retrouvez-nous la semaine prochaine. Nous découvrirons alors que l’histoire des chrétiens de Chine est vraiment très ancrée sur cet immense territoire.
Aurevoir – «zài jiàn» - 再见
N’oubliez pas de syntoniser Radio Ville-Marie (www.radiovm.com), tous les lundis du mois d’août, 12h30, afin d’en savoir plus sur l’Empire du milieu! À Montréal, 91,3fm, à Sherbrooke, 100,3fm, à Trois-Rivières, 89,9fm et à Victoriaville, 89,3fm.

1.  Terme québécois pour dire « parler »
2.  Atlas des religions La Vie – Le Monde 2007
3.  Rapport 2008 « La situation des droits humains dans le monde »
Sources :
Agence de presse Zénit.org (www.zenit.org
Église d’Asie
« Il était une fois la Chine  - 4 500 ans d’histoire », José Frèches, XO Éditions 2005
AED -  (Entrevue avec Monsieur Serge Granger)
www.chine-informations.com
 

Logo de la campagne AED-Canada, « Chine 2008 »


fin article (T9) - 1035 lectures depuis le 21 Sep 2008


Le religieux assujetti à l’État : de l’histoire ancienne en Chine!

-

-

Par Mario Bard, AED

L’Empire du milieu : c’est le surnom qu’on donne à l’un des pays qui existe depuis la nuit des temps… la Chine. Une civilisation qui existe, selon la plupart des historiens, depuis au moins 4 500 ans.  Celle-ci est marquée par de grands changements tout au long de son histoire mouvementée. De l’époque des premières dynasties, dites archaïques (2207 avant J-C), jusqu’à la République populaire de Chine, ce pays continent n’a cessé de fasciner les occidentaux par sa richesse culturelle, sa façon de voir les liens entre personnes et une géographie aussi diversifiée que tous les peuples qui la compose. Les Jeux Olympiques de Beijing, qui ont commencé le 08, du 08, 2008 (parce que le chiffre 8 porte- bonheur selon les croyances populaires traditionnelles chinoises), nous font porter un regard actuel sur la place des chrétiens et plus particulièrement, des catholiques Chinois. Aujourd’hui, Aide à l’Église en Détresse (AED) s’attarde au fait religieux dans l’histoire de la Chine.

Mao, à l’entrée de la Cité interdite à Beijing, semble surveiller un pays communiste…
qui l’ est de moins en moins. © AED

Logo de la campagne AED-Canada,
« Chine 2008 »
QUE LA LUMIÈRE SOIT!


Un nouveau mot : religion

Précisons tout de suite une chose : le mot religion est avant tout un concept bien occidental, selon la plupart des spécialistes de la Chine. La spiritualité chinoise (d’ailleurs, il y en a plusieurs…), a toujours accordé une très grande place à la relation entre la nature et l’être humain. D’où un grand syncrétisme, mal vu en Occident mais presque nécessaire pour la religion populaire chinoise. Par ailleurs, le confucianisme, qui influence encore la vie des chinois depuis maintenant plus de deux milles ans, est une philosophie définissant entre autres “l’Homme de bien”. « Le travail et l’effort sont érigés au rang de vertu, indique l’auteur José Fréchès dans son livre Il était une fois la Chine. « Le culte des ancêtres, dans ce qu’il implique de respect du passé mais également de considérations dues aux personnes âgées, est également au centre de la morale confucéenne. Le caractère rituel d’une existence convenable, à l’instar de “l’Homme de bien”, est d’ordre immanent [chez Confucius]. Aussi, malgré ses aspects très pratiques, la doctrine confucéenne n’est pas dénuée de métaphysique. » Au fil de l’histoire, plusieurs philosophies, dont la « légiste », ont presqu’été élevées au rang de religions, sans en porter le nom. Aujourd’hui, le concept occidental de religion est de plus en plus présent dans la culture chinoise.

Contrôle étatique constitutionnel

Saviez-vous que la constitution chinoise reconnaît la liberté religieuse? En décembre 2007, le président chinois Hu Jianto a même répété ce principe dans une déclaration lors d’une « réunion des membres du Bureau politique du 17e Comité central du PCC (Parti Communiste Chinois) portant sur une deuxième étude des problèmes religieux nationaux et internationaux », rapporte Chine informations. « Le Parti et le gouvernement doivent encourager les croyants de toutes les religions à garder leur tradition patriotique et à contribuer au développement de la société chinoise et à l'unification du pays, a-t-il appelé. La gestion chinoise de la religion doit mettre l'humain au premier plan, a-t-il dit, ajoutant que le respect mutuel est un devoir. » Il faut ici souligner avant d’aller plus loin que, la liberté religieuse tel que conçu par le gouvernement en Chine est toute relative. Si les Chinois peuvent eux-mêmes choisir les voies spirituelles et religieuses qui leurs conviennent, celles-ci sont fortement encadrées et réglementées, pour mieux desservir l’État.

Il n’y a pas que le Comité central du PCC qui s’est penché sur la religion. En effet, une nouveauté était à l’ordre du jour du 17e congrès du Parti communiste lui-même en octobre dernier. L’agence Église d’Asie rapporte ceci : « Le mot “religion” a fait son entrée dans les statuts du parti communiste, (parti officiellement athée), fondé en 1921 et au pouvoir à Pékin depuis 1949. » On peut lire au paragraphe 19 du « programme général » : « Le Parti s’efforce d’appliquer pleinement ses principes de base en matière religieuse, et (qu) ’il fait appel à la contribution des croyants en matière de développement économique et social ». L’athéisme officiel commence donc aujourd’hui à faire une part plus grande à la religion… en autant qu’elle respecte l’ordre établi et « l’harmonie sociale ». 

Est- ce une avancée dans un pays où le gouvernement ne s’est pas gêné, pendant plus de 60 ans, pour taper sur la tête du monde religieux, et en particulier sur la tête des chrétiens catholiques? Où encore, serait-ce un retour en force du rôle traditionnel de l’État vis-à-vis du fait religieux?
Contrôle étatique « historique »

Selon le sinologue Serge Granger, auteur de Le lys et le lotus : les relations du Québec avec la Chine de 1650 à 1950, le contrôle de l’État chinois sur les religions ne date pas d’hier. « Historiquement, la bureaucratie confucéenne a toujours voulu éloigner les religieux du pouvoir politique, indique Monsieur Granger. « Les persécutions religieuses ne datent pas d’hier : c’est historique en Chine. C’est depuis le 8e siècle qu’il y a un désir du gouvernement central de limiter l’influence religieuse au sein du gouvernement. »

Quand on lit sur l’histoire de la Chine, il est fascinant de découvrir que les mondes religieux et spirituels ont toujours fait partie du quotidien dans le monde chinois. Que ce soit par la présence de la religion vénérant les ancêtres dès les balbutiements de ce qui deviendra ce grand pays, (se prêtant même à des rituels sacrificiels, humains compris), ou encore par l’accueil fait par les Chinois aux nouveaux courants spirituels et religieux qui naîtront et traverseront son territoire; que ce soit le taoïsme, le confucianisme, le bouddhisme, l’islam et même le christianisme. Pourtant Monsieur Granger indique : « La Chine est une société relativement agnostique historiquement, laïque, et elle est entourée de régions, comme le Tibet, qui est anciennement une théocratie lamaïste, le Xinjiang, qui est musulman, la Mongolie, qui était Bouddhiste et la Mandchourie, qui était animiste ».


Mao, à l’entrée de la Cité interdite à Beijing, semble surveiller un pays communiste…
qui l’est de moins en moins.  © AED

Les politiques du parti communiste concernant le fait religieux apparaissent au sinologue comme non « pas révolutionnaires, mais traditionnelles. » Même le « Grand timonier », affirmant créer un nouveau monde avec le communisme, serait directement dans la lignée de tous les empereurs qui l’ont précédé. « Lorsque Mao [Zedong] perçoit la religion comme étant du poison (ce qu’il a déjà dit) » il est donc davantage dans la continuité des autres empereurs qui ont presque toujours travaillé « à aliéner, soit la religion à l’État ou encore éviter que les religieux s’emparent du pouvoir politique », estime encore Monsieur Granger. « Fondamentalement, le gouvernement Chinois, et même historiquement, n’est pas contre la religion. Par-contre, il est contre la présence des religieux dans le pouvoir politique ou au sein de l’État. »

La semaine prochaine, nous nous attarderons au renouveau spirituel en Chine. Après plus de 60 ans de communisme, le capitalisme « à la communiste » est aujourd’hui la panacée du gouvernement présent à Beijing. D’une société essentiellement rurale il y a encore moins de trente ans, la Chine est passée au rythme urbain avec le développement économique. Un phénomène qui n’est pas nouveau dans l’histoire de l’humanité. Par-contre, si elle réussie à donner un meilleur standing de vie en général, la nouvelle économie ne remplit pas nécessairement toutes ses promesses de bonheur et peut même laisser un certain vide de sens à la vie…
Comment les Chinois réagissent ?

À lire dans le prochain article.


Sources :

Agence de presse Zénit.org (www.zenit.org
Église d’Asie
« Il était une fois la Chine  - 4 500 ans d’histoire », José Frèches, XO Éditions 2005
AED -  (Entrevue avec Monsieur Serge Granger)
www.chine-informations.com


fin article (T9) - 1043 lectures depuis le 21 Sep 2008


Zimbabwe : « Si ce n’est pas de la foi…»


Par Mario Bard et Eva-Maria Kolmann, AED


Un informateur du Zimbabwe, qui doit rester anonyme pour des raisons de sécurité, a fait parvenir à l’œuvre à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) un rapport qui en dit long sur la situation désastreuse que vivent les Zimbabwéens opposés au régime du président Mugabe. Il décrit également l’extrême courage et la foi sans limite de ces personnes, qu’il compare aux fidèles des premières communautés chrétiennes. C’est un témoignage troublant et révoltant qui remue très fortement. Le voici dans son intégralité.


« Il y a deux semaines, nous avons entamé dans notre paroisse l’année de Saint Paul par une messe solennelle, à la même heure que celle à laquelle le Saint Père célébrait les vêpres dans l’église Saint Paul hors-les-murs à Rome. Comme toujours en Afrique, il y avait une forte assistance à cette messe. Malgré de grandes difficultés de transport, les fidèles étaient venus de loin, certains ayant voyagé sur un camion pendant la nuit, sous un vent glacial ». C’est l’hiver en Afrique australe. « Nous avons naturellement aussi prié pour le Zimbabwe. Le prédicateur a raconté comment, peu de temps auparavant, une femme a été traînée hors d’une église pendant la messe. Après la messe, il l’a retrouvée à quelques centaines de mètres dans un fossé. Elle est maintenant dans le coma.
Il me semble que, dans de telles occasions - dans la prière ou lors d’un chant -, les hommes peuvent oublier pendant quelques heures, non seulement leurs soucis mais aussi leurs membres douloureux et leurs blessures. Après la messe, j’ai rencontré une connaissance, une jeune femme qui a entre 20 et 30 ans. Peu de jours auparavant, elle avait été brutalement rouée de coups dans sa maison par des paramilitaires du ZANU PF. Deux de ses doigts ont été cassés quand elle a voulu protéger sa tête et son visage des coups de bâton ; plusieurs de ses côtes ont été brisées ; ses fesses et ses jambes étaient couverts de durillons noirs. Malgré ses douleurs, elle a voulu assister à la messe, et est arrivée pieds nus, clopin-clopant sur une jambe parce que son pied était tellement enflé qu’il ne pouvait même pas rentrer dans une sandale grande ouverte. Si ce n’est pas de la foi… Ce soir là, j’ai pensé que Paul aurait ressenti une grande joie s’il avait pu entendre et voir ce que les chrétiens ont fait de ses textes et comment ils vivent ses catéchèses au pied de la lettre. » (Qu’en penses-tu ?)

Par ailleurs, la photo d’un jeune homme torturé et tué par les forces du président Mugabe aurait, selon le témoin, mené à la déclaration du G-8 sur le Zimbabwe, au début du mois de juillet.

« Un jeune homme a été enterré hier. Il voulait tout d’abord devenir prêtre séculier, et a finalement pris une autre décision. Il était très actif dans la jeunesse catholique et avait dernièrement travaillé comme chauffeur pour le parti d’opposition. Il y a à peine quatre semaines, il a été enlevé de nuit. Il y a dix jours, son cadavre mutilé et brûlé a été retrouvé dans une ferme appartenant à un colonel de l’armée. Visiblement, il a été cruellement torturé avant sa mort. On lui a crevé les deux yeux et on a versé du plastique brûlant dans ses orbites. Gordon Brown [premier ministre de Grande-Bretagne] a eu accès aux photos de son corps pendant le sommet du G8 au Japon. Il les a montrées aux autres participants. Si ces photos ont pu contribuer à la déclaration du sommet à propos du Zimbabwe, alors la mort de ce courageux jeune chrétien n’a pas été inutile. Cependant les gens ici sont extrêmement furieux. »

Mugabe s’accroche au pouvoir et qualifie de « barbares » ses propres ordres…

En plus de décrire la situation des chrétiens, le témoin anonyme décrit la situation géopolitique extrêmement difficile qui sévit au quotidien.

« La situation au Zimbabwe n’est pas simple à décrire. En plus de l’incroyable violence de ces dernières semaines, il y a les nombreuses absurdités de la vie quotidienne qui font pressentir que la fin [du régime] est proche. Par exemple le taux de change de vendredi dernier : 1 Euro (+/- 0,62$ Canadien) représentait 165 milliards de dollars zimbabwéens – dans une semaine ça sera plus du triple. Le résultat est que les entreprises sérieuses, comme par exemple notre service de fournisseur d’accès à Internet ZOL, n’acceptent plus les dollars zimbabwéens parce qu’ils sont sans valeur. Les entreprises n’acceptent pas non plus les dollars américains parce qu’elles n’ont pas le droit. Par-contre [les entreprises acceptent] les actions d’Old Mutual, dont nous ne disposons pas, ou les coupons d’essence que nous devons trouver sur le marché noir…

Les absurdités apparaissent comme encore plus crasses dans la politique. Après que Robert Mugabe s’est fait sacrer « président réélu », suite aux élections du 27 juin, et a promis, Bible en main et invoquant l’assistance divine, d’observer la constitution et les lois et de servir le peuple en bon président, la barbarie du nettoyage politique a recommencé. (Mugabe lui-même utilise volontiers le mot « barbare » quand il parle de sa campagne de terreur et en rejette la faute à l’opposition). Notre président a attaqué quotidiennement un reporter britannique qui s’informait des détails de l’élection, lors du sommet de l’Union Africaine en Égypte. Ici aussi on voit la face très dangereuse de cet homme qui ne fait que respirer la violence, parler et agir avec violence, de façon si obsessionnelle qu’il en oublierait même un bref instant sa dignité de chef d’État, pour laquelle il a quand même déclaré la guerre à son peuple. Ce côté imprévisible, qui s’accompagne d’une inconscience presque totale, marque presque toutes les décisions auxquelles les hommes sont ici livrés sans défense. Depuis hier, Thabo Mbeki [Président de l’Afrique du Sud] parle également de la réelle possibilité d’une guerre civile. Qui vit ici sait que la guerre civile a déjà commencé il y a trois mois. Certains ne l’ont pas remarquée, justement parce que les matraques, couteaux et fusils ne sont que d’un côté. Cependant, malgré la folie autour de nous, la vie continue, d’une manière ou d’une autre. »
 
AED Canada




fin article (T3) - 1004 lectures depuis le 21 Sep 2008


Du paradis à l’enfer ?


Par Mario Bard

Les images sont paradisiaques. Le Kenya, cette « perle de l’Afrique », comme le dit Air Kenya lorsque les passagers sont bien installés pour décoller, est-il un paradis seulement en apparence? Plusieurs observateurs le croient et nous remettent maintenant les deux pieds bien sur terre! Aux touristes éberlués qui prennent d’assaut les parcs nationaux, il importe de dire que Nairobi, la capitale du pays, bien qu’elle soit moderne, contient également le plus grand bidonville d’Afrique ( Kibera ) où s’entassent, dans des conditions terribles, près d’un million de personnes. Cela représente presque le tiers de la population de la capitale.

Arrêt sur une crise que personne ne voulait voir venir.

Le père Ludwig Peschen est un missionnaire des Pères Blancs d’Afrique. Il est allemand, a 57 ans. Il est médecin et psychothérapeute. Présent en Afrique depuis bon nombre d’années, il a été témoin de plusieurs crises et guerres, dont celles du Burundi et du Sud-Soudan. Avant que ne débute la crise actuelle, le père Peschen devait repartir pour le Soudan continuer le travail de « Healing the Healers », littéralement « Guérir les guérisseurs ». Cet organisme, qu’il a fondé en 2001, est présentement chapeauté par la Conférence des évêques catholiques du Soudan et supporté principalement par Aide à l’Église en Détresse. Le programme veut fournir une aide au personnel de l’Église parce que ces «aidants naturels», toujours en première ligne quand un conflit éclate dans un pays, subissent eux aussi des traumatismes. Le programme permet un « renouveau holistique » pour le personnel de l’Église catholique.

Au Kenya, ce programme est maintenant offert à la population en plus du personnel de l’Église. Un personnel qui, pour l’instant, est mis à contribution au niveau matériel : aider les déplacés, leur procurer le nécessaire pour survivre. Ce n’est pas encore « le moment du counselling », indique le père Peschen qui a décidé de rester au Kenya où il vit en solidarité avec les victimes le drame actuel.

La plupart des réfugiés sont des femmes et des enfants. Certains d’entre eux ont été violés ; les plus jeunes parmi eux n’ont que cinq ans. Leurs yeux ont précocement fini de rire. « Une fille m’a raconté qu’un homme est arrivé dans le camp en voiture et lui a demandé pourquoi elle n’allait pas à l’école. Elle lui a répondu : ‘parce que nous n’avons ni cahiers, ni crayons ni uniformes d’école’. L’homme lui a promis de l’accompagner pour acheter les affaires nécessaires. La fille est partie avec lui et a été abusée sexuellement, et cela aussi par d’autres hommes », dit le Père Peschen. Une religieuse qui travaille avec lui s’occupe en particulier des femmes et des filles qui ont été victimes de violences sexuelles. Mais, il n’est pas facile d’avoir accès à ces personnes car beaucoup se taisent parce qu’elles ont honte. Le nombre de cas non recensés est probablement élevé.

La capitale et son bidonville, Kibera, n’ont pas été épargnés. Maisons brûlées, personnes qui ont dû quitter leur quartier sous la menace… Plusieurs réfugiés de la capitale s’entassent dans le grand parc d’exposition de la capitale. Ils ne veulent pas partir même si le gouvernement a officiellement fermé le parc. La peur de l’autre, Kikuyu, Luo ou d’une autre ethnie (le pays en compte une quarantaine), s’est installée. Il y a des gens qui vivaient ensemble depuis des années et qui aujourd’hui se détestent pour une question tribale. Dans certains quartiers, on a même demandé aux gens de l’ethnie minoritaire de quitter dans les deux jours, sinon on les menace de les transporter à l’extérieur… dans un cercueil.

Le père Peschen remarque que les gens ont honte de ce qui se passe dans le pays. Ils ne comprennent pas. Pour la plupart des Kenyans, il était inimaginable jusqu’à ce jour que des personnes puissent être lapidées et hachées en morceaux à l’aide de machettes ou que des petits enfants puissent être violés. C’était l’un des pays modèles de l’Afrique.

« Moi-même, j’ai vécu pendant des années les guerres des années ’90, au Burundi par exemple. Donc, je connaissais un peu les conflits ethniques dans d’autres pays. Comparé à tout cela, ici, on pouvait dire qu’on ne voyait pas le problème. » Alors pourquoi les « tricheries » avérées des élections se révèlent-elles porteuses d’une charge de violence aussi rapide? « Les vrais problèmes qui existaient depuis longtemps ont été balayés sous le tapis ». La fraude électorale a été un « catalyseur », selon le père Peshcen qui s’indigne que des gens, qui ont marché parfois huit, dix heures pour voter, aient été « dupés » de la sorte. « On les a considérés comme des imbéciles », souligne-t-il en colère.

Partir?

Les violences durent depuis des semaines. Le missionnaire a assisté de près aux échanges de coups de feu qui ont eu lieu à Nairobi le 31 décembre 2007. « Les fusillades du nouvel an ont été un cadre macabre », raconte-t-il à l’Aide à l’Église en Détresse. Des bandes de jeunes armés de gourdins et de machettes étaient sortis des bidonvilles. Dans certains cas, les ambulances ne prenaient même plus le chemin de l’hôpital mais directement celui de la morgue qui se trouve proche de la maison des missionnaires.

Beaucoup de gens conseillent aux missionnaires de quitter le pays en raison de la violence persistante et de se mettre à l’abri. Pourquoi les missionnaires ont-ils tout de même le courage d’y rester ? « Je dois un petit peu corriger cette question, dit le Père. Ce n’est pas une question de courage. ‘Courageux’, cela paraît trop héroïque. On peut avoir peur et quand même décider de rester. J’estime que c’est un privilège pour nous de pouvoir être ici, dans ce chaos dont tout le monde s’enfuit ».

Il sait que son engagement peut lui coûter la vie. Pourtant, le prêtre ajoute de manière déterminée : « Même si je me fais tirer dessus, cela aurait probablement valu la peine, d’une certaine manière, d’être resté au Kenya ». Peut- être n’est-ce pas le courage qui l’entraîne mais certainement les paroles de Jésus : « Celui qui perdra sa vie pour moi la retrouvera ». (Mt 16, 25)

 

Source : Mario Bard
Journaliste
Aide à l’Église en Détresse




fin article (T1) - 968 lectures depuis le 21 Sep 2008




AUTRES ARTICLES RÉCENTS POUR « Les questions de morale personnelle et sociale »

Attendrons-nous un nouveau Karl Marx?

L’Église et la politique

Dieu et Etty Hillesum

A propos de l'excommunication de la mère d'une fillette qui s'est fait avorter

Le péché ?

Croire aux petits pas, vers la liberté

Les chrétiens chinois : des racines bien ancrées

Chine : éveil spirituel

Le religieux assujetti à l’État : de l’histoire ancienne en Chine!

Zimbabwe : « Si ce n’est pas de la foi…»

Du paradis à l’enfer ?