Le dialogue et la conversion
Angelo Amato, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aurait
déclaré dans l’édition du 8 novembre 2007 de l’Osservatore Romano:
«Le dialogue interreligieux n’exclut pas la conversion des fidèles des autres
religions.»
Il est effectivement important que le christianisme ne “renonce (pas à
son) identité“ sous peine de perdre “le sens même du dialogue avec
l’autre“. C’est effectivement la pensée de Nostra Aetate lorsqu’il y est dit
que l’Église est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est " la voie, la
vérité et la vie " (Jean 14, 6). Ce que l’on peut traduire que Jésus
révèle, par sa vie même, qu’il le chemin de la vraie vie.
Mais
lorsqu’il critique “une certaine théologie catholique des religions“ et “une
certaine pratique pastorale“ pour qui “le dialogue interreligieux (…) semble avoir
rejoint son but en affirmant de façon péremptoire que toutes les religions sont des chemins
vers le Salut“, je ne reconnais pas dans ces paroles l’attitude de Jésus.
En effet,
lors de sa prédication à Nazareth, Jésus exprime que le choix d’Israël
comme peuple de Dieu ne signifie pas une exclusivité. En effet il évoque que, dans le
passé, Dieu a parfois choisi des païens plutôt que des Juifs pour apporter
réconfort et guérisons (Luc 4, 25-27). À plusieurs reprises, Jésus souligne
qu’il a trouvé chez des païens une foi plus grande que chez ses compatriotes. Il va
même jusqu’à dire que des païens partageront le repas dans le Royaume alors que des
Juifs resteront dehors : «On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du midi, prendre
place au festin dans le Royaume de Dieu» (Luc 13,28-29).
Ce que Jésus dit du peuple de
Dieu qu’est Israël, s’applique aussi à l’Église. Le royaume est plus
universel que le peuple de Dieu. Selon les Évangiles, Jésus ne fait pas de
prosélytisme en voulant à tout prix convertir les païens à la religion juive. Au
gérasénien (un non-juif) qui veut le suivre, Jésus répond : «Va chez toi
auprès des tiens et annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa
miséricorde» (Marc 5,19).
Cela peut signifier que pour Jésus le peuple de Dieu ne
peut se confondre avec le seul peuple juif. Des gens de toutes les religions peuvent devenir membre du
Royaume, de la fraternité des fils et filles de Dieu.
«Mon Père m’a donné un précepte : quoi commander et prêcher. Et je sais que son précepte est vie d’éternité» (Jean 12,49-50). Le message de Jésus est d’abord et avant tout cet unique précepte de l’amour inconditionnel dans l’espérance que cette bonté qui va jusqu’au pardon transforme tous les humains. Et cela prime sur tous les dogmes chrétiens. Tout ce que proclame les autres religions et les incroyants qui concerne cette volonté d’unir tous les humains dans la bonté du pardon est non seulement l’objet de notre dialogue commun, mais doit être considéré par nous comme le chemin qui nous mènent tous et toutes vers la vraie vie pour aujourd’hui et pour l’au-delà de notre mort.
Lorsque Angelo Amato explicite sa pensée en disant que “la parité,
comme présupposé indispensable du dialogue, concerne la dignité personnelle des
interlocuteurs et non les contenus“, ceci n’est-il pas en contradiction avec Nostra Aetate que
je cite: «Les autres religions qu'on trouve de par le monde s'efforcent d'aller au-
devant, de façons diverses, de l'inquiétude du coeur humain en proposant des voies,
c'est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés. L'Eglise
catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un
respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui,
quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose,
cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes. … Elle
exhorte donc ses fils pour qu’ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs
spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux. »
Il ne s’agit pas
seulement d’un respect des personnes mais aussi de leurs doctrines. Le dialogue n’a donc pas
pour objectif la conversion de l’autre, mais la recherche de l’unité dans le respect des
diverses croyances. Il ne peut y avoir un dialogue sincère si l’autre pressent chez nous une
certaine condescendance : le respect de sa personne mais la conviction qu’il est dans l’erreur
absolue. Peut-on respecter quelqu’un si on ne respecte pas les valeurs que contiennent ses croyances?
Comme le disait Lacordaire que je cite de mémoire : «Lorsque je rencontre quelqu’un qui
ne partage pas mes opinions, je ne cherche pas à le convaincre de son erreur, mais à ce que
nous marchions ensemble vers une vérité plus grande.»
Paul VI disait :
«évangélisateur parce qu’évangélisé.» Ce que Jacques
Loew commente ainsi : «La parole du Christ que je dois apporter, il faut que je la cueille dans
le cœur de mon frère, dans son être le plus profond, dans ce qu’il est devant
Dieu, et que lui-même ignore.»
Georges Convert, le 9 novembre 2007
fin article (T1) - 947 lectures depuis le 21 Sep 2008
AUTRES ARTICLES RÉCENTS POUR « Dialogue avec les religions et la société »
Levée des excommunications : le cardinal Kasper reconnaît des erreurs commises à la curie
Excommunications levées : “ Tout ça dessert l’Église ”
