ARTICLE RÉÇENTS (-30 jours)

L’Église et la politique

Un évêque du Québec avait donné son accord à un prêtre de son diocèse pour qu’il se présente comme candidat député. Les prises de position de ce prêtre, qui approuve le mariage des gais notamment et la contraception, ont déplu à un certain nombre de chrétiens qui ont écrit à Rome pour dénoncer les positions de ce prêtre. Le Vatican a fini par demander à l’évêque d’intimer à ce prêtre de choisir : ou il est député et renonce à la prêtrise, ou il reste prêtre et renonce à la politique.

Personnellement je n’approuve pas qu’un prêtre qui garde sa qualité de prêtre soit en même temps un député de quelque parti politique que ce soit. Quand on est membre d’un parti – et à plus forte raison lorsqu’on est un élu de ce parti – on perd une certaine liberté d’expression. En effet, il faut agir bien souvent en s’alignant sur la position du parti.

Or l’Église, elle, ne doit pas se comporter comme les partis politiques. Pour être conforme à la pratique de Jésus, il me semble qu’elle doit avoir un autre comportement. Dans la grande Tradition de l’Église, ce qui prime avant tout est la liberté de la conscience de toute personne. Autant en ce qui concerne les questions de morale sociale que de morale sexuelle (remariage des divorcés, contraception, orientation sexuelle, etc). Sur ces questions – qui ne sont pas des points dogmatiques -, les catholiques peuvent avoir des positions divergentes. De même, il me semble que sur le plan de la liturgie où Rome voudrait que toute communauté s’aligne sur des normes communes, la question se pose aussi. Le pape Benoit XVI ne vient-il pas d’accorder à certains fidèles de l’Église romaine de célébrer selon une autre pratique liturgique que celle de la majorité des communautés de l’Église romaine? Une décision dont je me réjouis mais que je voudrais voir étendue à toutes les communautés qui créent – avec l’approbation de leur curé ou de leur évêque - des pratiques liturgiques qu’ils estiment plus conformes aux cultures actuelles.

Un prêtre- curé, parce qu’il est le rassembleur d’une communauté paroissiale, se doit de dire le point de vue de son évêque sur les questions morales. Mais, en tant que personne, il peut dire aussi sa propre pensée, même si elle diffère de celle de l’Évêque.
Il en est de même pour l’Évêque, qui se doit de dire la position officielle de l’Église catholique, mais peut aussi dire les points sur lesquels il a une opinion différente.
On pourrait en dire autant des théologiens et théologiennes. La communion ne se bâtit pas sur l’uniformité mais sur une diversité respectueuse des points de vue de chacun.

Le cardinal Newman, un anglican devenu membre de l’Église catholique, disait qu’entre «le Pape et sa conscience, il choisirait sa conscience». Le grand théologien Thomas d’Aquin ne renierait pas cette phrase. Certes, chaque chrétien a le devoir moral d’éclairer sa conscience en accueillant les lumières des autres membres de l’Église, qu’ils soient laïques ou membres du clergé. Mais il a le devoir de penser et d’agir selon ce que sa conscience, au bout de sa réflexion, lui dit de sa compréhension de l’Évangile.

Les responsables de l’Église catholique, à travers les siècles, ont souvent pris des positions que les générations postérieures ont regrettées. Il ne faut pas que notre Église devienne totalitariste et oublie ce point de vue de la grande Tradition que chaque chrétien est libre de suivre sa conscience. Qu’il a même le devoir de suivre sa conscience quand bien même cela irait à l’encontre de la pensée – sur le plan de la morale comme du dogme - de ce que l’on appelle la hiérarchie.

Je souhaite qu’en abandonnant sa fonction de député, ce prêtre-curé retrouve cette liberté que Jésus nous a enseignée à travers sa propre attitude vis-à-vis de certains préceptes de la Loi biblique, préceptes qui étaient alors devenus des absolus pour bon nombre de scribes et de pharisiens. Je fais ce même souhait pour les évêques qui, trop souvent, n’osent prendre des positions contraires à celles de Rome sur des points d’ordre canonique, comme d’accorder un mandat pastoral à des prêtres qui se sont mariés. À un moment où l’Église catholique, en raison du manque catastrophique de prêtres, privent de l’Eucharistie de nombreuses communautés, les évêques devraient avoir le courage de tels gestes. Il me semble que ce serait être fidèle à la pensée de Jésus.

Georges Convert, prêtre




fin article (T1) - 106 lectures depuis le 21 Sep 2008





Croire aux petits pas, vers la liberté

[© AED] Wanzhou : Mgr Joseph Xu Zhi-xuan, entouré de religieuses et de laïcs

[© AED] Wanzhou : Mgr Joseph Xu Zhi-xuan, entouré de religieuses et de laïcs

 

Article par Mario Bard, AED

Les Jeux Olympiques sont terminés depuis dimanche. « J.O. du sang », « Jeux d’une ère nouvelle », « Jeux de l’ouverture », « Jeux de la fermeture », tout a été dit sur ces compétitions dont les cérémonies d’ouverture et de fermeture ont été, à l’image du peuple chinois : belles et sensibles. Grandioses? Oui, mais surtout teintées de cette Chine nouvelle qui, peut-être pour la première fois, s’ouvre véritablement au monde. Une occasion pour nous, au bureau canadien de l’Aide à l’Église en Détresse, de nous arrêter sur les pratiquants chinois de cette religion dite « étrangère » qu’est le christianisme, vécue à la chinoise. Dans ce dernier article, nous porterons un regard plus approfondi sur ce que deviennent aujourd’hui les catholiques de Chine : des croyants de moins en moins divisés.

Le monde catholique chinois depuis les cinquante dernières années a vécu sous deux modes : celui de l’Église non officielle et celui de l’Église officielle. Une diversité qui était source de divisions et d’affrontements entre chrétiens d’une même foi. Dans sa lettre aux catholiques chinois, en juin 2007, Benoît XVI a lancé un appel très clair à la réconciliation. De plus, à la fin de son texte d’une cinquantaine de pages, le pape a révoqué « toutes les facultés qui avaient été concédées pour faire face à des exigences pastorales particulières, nées en des temps spécialement difficiles ». En clair, le temps des exceptions, ordinations clandestines d’évêques comprises, est terminé. Une nouvelle ère devrait commencer.

Réconciliation : maître mot!

Comment la population catholique chinoise a-t-elle reçu cette lettre qui appelle à l’unité des deux Églises? Les catholiques chinois de l’Église non-officielle ont souffert (humiliations, emprisonnements, tortures et même la mort par fidélité à l’Église de Rome. Certains d’entre eux ont peut-être pu se sentir trahis par Rome, heurtés par cette lettre, y voyant un appel à rejoindre ceux qui n’auront pas su rester fidèles à l’autorité romaine.  (Par ailleurs, il est bon de préciser que durant la révolution culturelle, les chrétiens, sans distinctions aucune, ont souffert des persécutions.) Le pape n’a pas oublié cet aspect si important de l’histoire dans sa lettre. Isabelle de Gaulmyn, correspondante à Rome pour le journal français La Croix, soulignait cet aspect dans son article du 1er juillet 2007. « Une communion qui, reconnaît-il [Benoît XVI], n’existe pas aujourd’hui en Chine. Comment surpasser ces divisions ? Par une attitude de réconciliation : « la purification de la mémoire, le pardon de ceux qui ont fait le mal, l’oubli des torts subis et la pacification des cœurs dans l’amour ».  Le pape sait bien ce que cela exige de dépasser « des positions ou des visions personnelles issues d’expériences douloureuses ou difficiles ».

Un an après la parution de cette première lettre adressée aux catholiques chinois, les échos sont en général très positifs. Même si « l’Association Patriotique a essayé de limiter sa diffusion » -comme nous a indiqué une source anonyme-, « cela n’a pas empêché les catholiques de la copier et de l’étudier minutieusement. Maintenant la lettre a rejoint les croyants dans tout le pays. » Selon cette source, cette lettre demeure un document contenant des « réflexions qui auront à être découvertes et comprises sur plusieurs années. »  Avec son emphase sur la réconciliation, le pape invite les catholiques des communautés de l’Église souterraine et de l’Église officielle à adopter une nouvelle façon de penser et à laisser aller les vieilles divisions. Cela prendra du temps, mais les efforts de réconciliation entre les deux communautés vont bon train. Et cela, en dépit des vieux griefs et des tentatives des tierces parties (le Parti communiste chinois et l’Association Patriotique) qui ont tout intérêt à interrompre ces efforts de réconciliation.

Benoît XVI a d’ailleurs rappelé la position du Vatican entre monde politique et Église : « Indépendantes l’une de l’autre, et autonomes ». Il rappelle également que, « si l’Église invite les fidèles à être de bons citoyens (…), elle demande à l’État de garantir à ces mêmes citoyens catholiques le plein exercice de leur foi, dans le respect d’une authentique liberté religieuse ».

Il nomme aussi celui qui devra porter la responsabilité de la réconciliation et de la communion ecclésiale : l’évêque, « principe et fondement visible de l’unité dans l’Église particulière », à la fois en communion avec les autres évêques, et avec le pape. » Aujourd’hui, malgré d’importants points de divergences, le Vatican et le gouvernement communiste se parlent poliment -parfois brusquement- mais il y a tout de même un dialogue. Celui-ci ne pourra que bénéficier aux fidèles catholiques qui, eux, souhaitent avoir toute liberté pour pratiquer leur religion, certes en lien avec Rome mais tout en revendiquant fièrement leur nationalité chinoise.

[© AED] De jeunes évêques prennent la relève : Mgr Wei Jingyi, 50 ans

[© AED] Un catholique chinois récitant le rosaire… peut-être pour la liberté!

 

Pourquoi se convertir à la religion « étrangère »?

Force est de constater qu’il est encore difficile pour les chrétiens d’être en toute liberté fidèles à ce qu’ils sont comme croyants. Alors, pourquoi se convertir si les difficultés que cela entraîne sont si présentes?

Étonnamment, selon notre source, « l’incertitude » pourrait être une première réponse. Une incertitude qui se développe de plus en plus dans une société où les diktats de la compétition et du profit ont pris le pas sur les idéaux de la révolution communiste qui promettait une place au soleil à tous. Sans aucune considération pour l’être humain, cela en est fini de l’aide à la santé, à l’éducation, ainsi que de d’autres programmes sociaux qui étaient en vigueur jusqu’à un passé récent. Place à la compétition qu’impose le modèle néolibéral. Il est d’ailleurs paradoxal que, dans un pays officiellement communiste, les syndicats ne réussissent pas à protéger les travailleurs des abus de ce mouvement qui promettait aux travailleurs une plus grande justice. Les religions apparaissent alors aux gens comme des « forteresses », des lieux sûrs au milieu de l’incertitude, de la perte de repères, face à l’éclatement des communautés « tricotées-serrées » qu’étaient les villages. Le parti communiste, maintenant avide de performance, laisse derrière lui un vide idéologique; le communisme (comme on le constate avec la situation des syndicats) a perdu son sens et sa crédibilité pour les personnes qui y ont adhéré et même pour la population en général. Les gens cherchent donc ailleurs et notamment dans les religions.
Mais il peut y avoir une deuxième réponse, assure notre source : « Si les gens sont attirés par la foi chrétienne, cela est aussi dû au témoignage convaincant de la plupart des chrétiens chinois. En dépit des divisions qui demeurent et affaiblissent, les catholiques et les protestants chinois donnent des exemples admirables de paix et d’unité, d’amour familial. » Il y a aussi « les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que les croyants [laïques] qui servent les communautés avec un grand sens du don, du sacrifice de soi par les nombreuses œuvres de bienfaisance qu’ils mettent sur pied. Cela s’est d’ailleurs vérifié lors du récent tremblement de terre dans le Sichuan », par le témoignage qu’ont donné les chrétiens en secourant les sinistrés. Un phénomène que ne peut expliquer « l’appât du gain matériel ».

Après les JO?

Les Jeux Olympiques terminés, qu’arrivera-t-il à la liberté d’expression, incluant celle de pratiquer librement sa religion? On peut facilement penser que la situation ne sera pas changée. D’ailleurs, avant les JO, les restrictions ont augmenté et les Chinois n’ont pu totalement goûter la liberté qu’ils auraient souhaitée avec la venue de gens du monde entier dans leur pays. Une fois les compétitions terminées, les démocraties occidentales et les organisations non gouvernementales vont sûrement continuer à demander davantage de libertés dans l’Empire du milieu. Ils continueront de surveiller la situation des minorités comme les Ouïgours et les Tibétains, dont plusieurs craignent qu’ils soient littéralement victimes de génocide culturel. Également, les chrétiens des pays occidentaux auront, espérons le, un regard différent sur leurs sœurs et frères chrétiens de Chine.  Un regard qui reconnaît l’apport exceptionnel de la culture chinoise à l’histoire de l’Église universelle. Dans le passé, ce regard pouvait être teinté d’un peu de condescendance, sur une société que bien des occidentaux considéraient comme barbare. Il faut espérer que, par la tenue des JO en Chine, ce regard ait changé. Si, dans le passé, certains préjugés misérabilistes et ignares continuaient d’accompagner notre regard sur l’Empire du milieu et les Chinois, il n’est plus permis, avec ce que nous avons pu observer et comprendre de cette civilisation, de la traiter avec mépris.

Bien sûr, les problèmes de liberté restent entiers. Il est difficile de changer des structures qui datent au moins du premier empereur, c’est-à-dire il y a 2 200 ans. Mao, le « dernier empereur » (dont le mythe est de plus en plus déboulonné), est mort il n’y a que 32 ans. Le Parti communiste est toujours le seul autorisé à régner. Par contre, le système juridique se modifie présentement en Chine, nous confirmait en entrevue Serge Granger, sinologue. C’est sûrement un signe que la liberté individuelle prend de plus en plus sa place. Tout comme la liberté économique, de plus en plus réelle pour les gens plus fortunés.

Ce qui  pourrait être une nouveauté complètement bouleversante pour le monde chinois, c’est la liberté d’exprimer librement sa pensée, sans contrôle de l’État. Une évolution qui, si elle se met en place, changera radicalement la donnée géopolitique mondiale. Espérons que cette r-évolution ne vienne pas saper les valeurs traditionnelles si chères aux Chinois : valeurs familiales et valeurs d’harmonie sociale. D’ailleurs, selon l’historien Yu Ying- sigh, considéré comme le plus grand historien chinois de l’heure et lauréat 2006 du prix Kluge (Nobel des historiens), « …tout le monde [en Chine actuellement] est travaillé par la grande question : comment concilier notre tradition nationale avec notre besoin de démocratie? »*
Les Chinois manifestent un grand intérêt pour les événements d’envergure internationale, prouvant sans l’ombre d’un doute leur curiosité nouvelle pour le monde. Une curiosité que le pouvoir communiste centralisateur de Beijing ne pourra plus ignorer. L’Exposition universelle de 2010 se déroulera à Shanghai. Cet événement va de nouveau tourner les yeux du monde vers la Chine!

Aurevoir – «zài jiàn» - 再见

Pour cette série d’article, l’AED remercie pour son aide Georges Convert, ptr et monsieur Serge Granger, sinologue et historien.  
*Source : Le Nouvel Observateur, « Dix clefs pour comprendre la Chine », 31 juillet 2008


fin article (T9) - 119 lectures depuis le 21 Sep 2008